Tourisme à Calais : une crise du logement à venir ?

Lancée à toute vitesse dans sa reconversion touristique, Calais ferait peut-être mieux de regarder ce qui se passe ailleurs. En effet, de nombreuses régions touristiques françaises font face à une importante crise du logement. En cause, l’explosion des locations sur Airbnb et des résidences secondaires qui liquide le parc immobilier et rend difficile – voire impossible – l’accès au logement pour les habitants de ces territoires, notamment les plus précaires. À Calais, les premiers signes d’une crise potentielle apparaissent, et beaucoup semblent s’en réjouir.


Nord Littoral et La Voix du Nord ont récemment parlé des bienfaits du dragon sur le contexte immobilier local. En effet, Calais serait la troisième destination la plus prisée sur Airbnb… enfin, dans le classement des destinations « abordables ».

Entre l’augmentation du nombre des logements touristiques, l’ouverture de nouvelles agences immobilières, ou encore la valeur des biens immobiliers qui serait en forte hausse au point que certains acheteurs acquièrent des biens sans même les visiter, le sujet revient fréquemment depuis avril.

Moins de logements disponibles et des loyers en hausse

Les locataires sont pourtant les grands oubliés de l’équation, là ou ils représentent 40% en France, à Calais ils sont 55% (INSEE, 2020). Ainsi les premiers concernés par ces changements du marché sont bien les locataires, déjà touchés par un recul de leurs droits (Loi Kasbarian).

L’augmentation du parc immobilier à destination des touristes va donc impacter directement la disponibilité des logements pour les locataires de longue durée, et entrainer une augmentation des prix des locations. Une aubaine pour les propriétaires, mais un poids supplémentaire sur les épaules des plus précaires.

Un bref coup d’œil du côté des autres communes du littoral donne aussi une image accablante de ce tourisme qui les transforme parfois en villes désertes hors vacances et week-end, la faute aux trop nombreuses résidences secondaires payées rubis sur longue par des acquéreurs n’habitant pas la région qu’ils soient anglais, belges, ou parisiens en mal d’air marin.

Une opportunité à saisir pour les locaux désirant acquérir un bien à Calais ? Pas vraiment. Les locataires actuels souhaitant acquérir un bien pour s’y loger seront eux aussi pénalisés par la concurrence directe avec les investisseurs voulant capitaliser sur la nouvelle image de Calais. L’accès a la propriété pour les plus précaires risque de devenir de plus en plus complexe notamment dans le contexte inflationniste actuel.

Une augmentation générale du coût de la vie

La gentrification probable, entamée avec l’apparition du dragon, va engendrer à terme une augmentation générale du coût de la vie bien au delà de l’aspect immobilier.

Rappelons que les Hauts-de-France sont la région avec les plus bas salaires de France métropolitaine et que le revenu mensuel médian à Calais est de 1470€ en 2020 contre 1840€ en France (données INSEE).

En bref, si le dragon apporte un souffle nouveau sur le marché immobilier, espérons que celui-ci sera accompagné d’un vent d’augmentation des salaires, pour permettre à tous, et pas seulement aux rentiers, de profiter du regain touristique. »

Anatol Frohn