Mardi 29 septembre, plusieurs centaines de syndicalistes venus de tout le Pas-de-Calais se sont retrouvés à Liévin pour défendre les locaux de l’Union locale CGT. La nouvelle municipalité dirigée par Dany Paiva, élu en mars à la tête d’une liste Rassemblement national, réclame désormais 1 300 euros de loyer mensuel à l’organisation syndicale. À défaut, l’UL doit quitter les lieux au 1er mars 2027.



Avant le départ du cortège, Nadège Poly, secrétaire de l’Union locale CGT de Liévin et secrétaire de la Coordination départementale CGT des services publics du Pas-de-Calais, résume la demande : « Nous aurions voulu pouvoir nous asseoir autour d’une table, discuter, chercher des solutions. » Elle affirme que plusieurs courriers demandant une rencontre sont restés sans réponse.
Christelle Somers, secrétaire générale de l’Union départementale CGT du Pas-de-Calais, replacera d’ailleurs la bataille en cours dans une histoire plus longue : celle des mineurs, des luttes, de la Résistance et des organisations ouvrières du bassin. « Ce rassemblement est le premier », prévient-elle.
Ces références ne sont pas abstraites. La ville a été façonnée par l’exploitation minière et les grandes grèves de 1947 et 1948. Le 27 décembre 1974, 42 mineurs mouraient dans la catastrophe de la fosse Saint-Amé, un événement toujours inscrit dans la mémoire locale.
Le cortège prend la direction de l’hôtel de ville. Et devant la mairie, les syndicalistes découvrent une mise en scène.
De part et d’autre de la fenêtre centrale sont déployées deux bannières, frappées du logo de la Ville : « CGT, payez votre loyer ou partez. » Dany Paiva apparaît à l’étage et fait de grands signes en direction du rassemblement. Une chanson générée par intelligence artificielle, sorte d’opérette moqueuse, est également diffusée : une voix y intime à la CGT de payer son loyer.

La scène produit un étrange vertige.
Il ne s’agit plus seulement d’un maire qui refuse de recevoir une organisation syndicale. Le conflit est transformé en spectacle. Des travailleurs et travailleuses viennent demander une discussion ; on leur répond depuis une fenêtre, par des banderoles, du cirque et une chanson.
La posture est particulière, sidère une grande partie de l’assemblée. Elle montre un pouvoir qui paraît suffisamment sûr de sa position pour ne plus chercher à convaincre ses contradicteurs, mais à mettre en scène leur affrontement.
La CGT souhaitait une table de négociation, elle a eu à la place une fenêtre avec derrière un rapport de force mis à nu comme jamais.




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