On nous a retiré l’usine – Où est passée la classe ouvrière calaisienne ?

On a fermé les ateliers, démonté les métiers, licencié les équipes. Les marchandises, elles, n’ont jamais cessé de passer.
Elles traversent Calais par millions de tonnes. Le travail aussi est toujours là, mais dispersé entre les commerces, les entrepôts, l’hôpital, les transports, les services, l’intérim — avec, pour beaucoup, le chômage entre deux périodes d’emploi.
On raconte souvent cette histoire comme celle de la disparition de la classe ouvrière. Et c’est peut-être regarder au mauvais endroit. Car ce qui a changé, ce n’est pas seulement la nature des emplois. Ce sont aussi les conditions dans lesquelles des travailleur·euses peuvent se rencontrer, comprendre ce qui les relie, identifier leurs adversaires et mesurer leur propre puissance.

Comprendre cette transformation n’est pas une affaire de nostalgie industrielle. C’est essayer de comprendre le moment historique dans lequel nous nous trouvons : où se trouvent aujourd’hui les travailleurs, ce qui les sépare, ce qui pourrait les réunir, et à partir de quoi du collectif peut encore se construire.
Ce texte n’est ni une étude universitaire ni une conclusion. C’est une tentative de mettre en ordre quelques lectures, des chiffres et ce que nous observons depuis Calais. Une balise, en quelque sorte, pour essayer de comprendre un peu mieux le terrain politique sur lequel nous agissons.
Bonne rentrée des classes.

Article de Pierre Muys. Relecture: Jérémy Ollivier.

Il y avait des usines.

La dentelle, la chimie, le câble, la chaîne. Des entreprises suffisamment grandes pour que leur nom devienne un morceau de géographie locale. On travaillait chez Brampton, Darquer, Mecano, Tioxide, Draka. D’ailleurs on dit « anciennement ».
Les usines ont fermé, ou ont réduit leurs effectifs au point de cesser d’organiser la ville autour d’elles.

Nous n’avons pourtant jamais arrêté de consommer des objets industriels. Les vêtements, les téléphones, les meubles, les voitures, les câbles et les machines n’ont pas disparu avec les ouvriers qui les produisaient ici.
Quelqu’un continue évidemment de les fabriquer quelque part, sauf que ce quelqu’un habite beaucoup moins souvent à Calais.

Une partie de la production a été déplacée vers des endroits où la force de travail coûte moins cher. 
Une autre a été automatisée. 
Des groupes ont concentré leur production sur quelques sites. 
Beaucoup d’activités autrefois réalisées directement dans les usines — nettoyage, maintenance, gardiennage, transport — ont aussi été externalisées vers des entreprises de sous-traitance ou d’intérim. Kuehne+Nagel, Geodis, XPO, Idea, Onet, Crit, Randstad 

Dès les années 1970, la rentabilité du capital est mise sous pression, la croissance et les gains de productivité ralentissent tandis que la conflictualité sociale reste forte. À partir des années 1980, le capital cherche de nouvelles conditions de valorisation : automatisation, pression sur les salaires, sous-traitance, libéralisation des échanges et déplacement de certaines productions vers des régions où la force de travail coûte moins cher ¹. 

Le déclin puis l’effondrement du bloc soviétique accélèrent un mouvement déjà engagé. À partir de 1989-1991, de nouveaux territoires industriels s’ouvrent notamment en Europe de l’Est ². 

Entre les deux se développe tout un appareil de transport, de logistique, d’assurance, de normes et de services nécessaires à une production désormais éclatée à l’échelle mondiale

Le capitalisme n’est donc pas tant devenu post-industriel qu’il n’a réorganisé la production à une autre échelle. Il a poussé beaucoup plus loin les curseurs de la division internationale du travail et séparé des fonctions qui étaient auparavant réunies sous une même enseigne.

Avec la mondialisation, une marchandise peut donc être conçue dans un pays, fabriquée dans plusieurs autres, assemblée ailleurs, transportée sur des milliers de kilomètres, assurée et financée depuis un autre endroit encore, avant d’être finalement livrée à Calais.

L’atelier a pu partir là où le travail coûte moins cher. Les fonctions support qui permettent de commander, financer, organiser et faire circuler sa production sont restées.

C’est aussi cela, la tertiarisation. Et Calais est un endroit assez spectaculaire pour observer cette transformation.

La ville a perdu une grande partie de ses usines tandis qu’environ 40 millions de tonnes de fret passent encore chaque année par son port.³  Drôle de société désindustrialisée : l’industrie mondiale lui passe sous le nez, il n’y a qu’à regarder ce qui passe sur l’A16.

Où sont passés
les ouvriers ?

Dans l’arrondissement de Calais, environ 58 000 personnes avaient un emploi en 2022. Moins de 8 000 travaillaient dans l’industrie.

Mais l’Insee comptait toujours 14 615 ouvriers et 18 420 employés. Plus de 33 000 personnes. Environ 57 % des actifs occupés. Et près de quatre ouvriers ou employés sur cinq travaillaient désormais dans les secteurs tertiaires : commerce, transports, services, administration, enseignement, santé ou action sociale.⁴

Le terme « tertiaire », utilisé pour désigner ce « nouveau » salariat, induit ici en erreur. Il décrit un secteur d’activité, pas une place dans les rapports sociaux. Car ce ne sont ni le bleu de travail ni l’établi qui déterminent la position de classe d’un salarié, mais la place qu’il occupe dans les rapports de production : ce qu’il possède, ce qu’il doit vendre pour vivre et le pouvoir dont il dispose sur le travail des autres.

Et si une grande partie de ces travailleur·euses du tertiaire ont toujours besoin de vendre leur force de travail pour vivre. Il n’empêche que quelque chose a radicalement changé avec la fermeture des grandes concentrations industrielles.

L’usine fabriquait
du collectif

Pour produire à grande échelle, le capital avait besoin de réunir des centaines voir des milliers de travailleurs.

Même entreprise. Même patron. Mêmes horaires. Même portail.

A partir de là, une décision patronale concernait immédiatement tout le monde. Une information circulait dans l’atelier. Une colère pouvait devenir commune. Et lorsque tout le monde s’arrêtait de travailler, la machine arrêtait de tourner. L’effet était visible.

Il ne s’agit pas de mythifier cette époque. Les ouvriers d’usine n’étaient ni spontanément révolutionnaires, ni débarrassés du racisme, du sexisme ou de l’individualisme. Mais l’organisation matérielle du travail rendait visible une condition commune. Le capital rassemblait lui-même, dans un même espace, celles et ceux qu’il exploitait.

Aujourd’hui, l’aide à domicile travaille seule, le chauffeur passe sa journée sur la route, l’intérimaire change régulièrement d’entreprise. L’agent de nettoyage travaille chaque jour dans une usine sans appartenir à l’entreprise qui l’occupe et deux personnes travaillant côte à côte peuvent même dépendre de deux employeurs différents.

Cette fragmentation n’interdit d’ailleurs pas la construction d’un collectif. Les femmes de chambre de l’Ibis Batignolles pour prendre un exemple emblématique, salariées du sous-traitant STN, ont mené une lutte de près de deux ans achevée en 2021 par d’importantes avancées sur les salaires et les cadences. ⁵

La fragmentation n’interdit donc pas la lutte mais elle oblige à fabriquer le collectif que l’organisation du travail ne fournit plus spontanément.

À cette dispersion s’ajoute une situation plus radicale encore : ne plus avoir de lieu de travail du tout.

Dans l’arrondissement de Calais, 11 040 personnes étaient au chômage au sens du recensement en 2022, soit 16,3 % des actifs. Dans la commune de Calais, le taux atteignait 22,8 %, soit près d’un actif sur quatre.⁶

Le chômage fait pleinement partie du rapport salarial. Marx parlait d’une « armée industrielle de réserve »⁷ : une population disponible pour le travail dont l’existence pèse aussi sur celles et ceux qui ont un emploi. L’existence et la possibilité du chômage discipline le salarié et rappelle qu’un autre pourra éventuellement prendre sa place.

Mais le chômage retire aussi jusqu’au lieu où l’expérience collective du travail pouvait se construire. Plus de collègues. Plus de pause. Plus de portail. Plus de discussion improvisée dans l’atelier ou le vestiaire.

L’absence de travail peut renforcer l’isolement dans l’espace domestique, le cercle familial et supprimer un de ces espaces ordinaires où une même condition sociale pouvait être vécue, partagée et discutée collectivement.

Whodunit ?

Dans le même temps, l’adversaire commun à ces différentes situations salariales vécues – chômage inclus – devient plus difficile à identifier.

Qui décide réellement des conditions de travail d’un agent de nettoyage employé par le sous-traitant d’un sous-traitant ? Qui est responsable du sous-effectif dans un hôpital ? Qui décide de fermer une usine appartenant à un groupe international ?

Le pouvoir économique devient lointain, parfois presque abstrait. On invoque « le marché », « la conjoncture », « un contexte défavorable », comme si personne ne décidait véritablement de rien. On serait tous – patronat, travailleurs, état – emportés impuissants dans l’élan d’une même grande machine autonome qui nous imposerait d’agir “en responsabilité”.

La dispersion du salariat affaiblit certaines des conditions matérielles dans lesquelles une interprétation collective de classe pouvait se construire. Et sans pour autant que cela soit automatique, d’autres manières de donner un sens aux mêmes difficultés peuvent alors gagner du terrain.

Une conscience de classe tend à organiser le conflit verticalement : ceux qui possèdent les moyens de production face à ceux qui travaillent avec.
Le nationalisme peut le réorganiser horizontalement : gens d’ici face aux gens d’ailleurs.

Le salarié précarisé ne voit ainsi plus nécessairement le travailleur étranger comme un autre travailleur soumis à une exploitation parfois plus brutale encore. Il peut le voir comme un concurrent dans l’accès à l’emploi, au logement ou aux ressources collectives : celui qui ferait baisser « nos » salaires, occuperait « nos » logements ou profiterait de prestations sociales qui « nous » appauvriraient.

À Calais, cette possibilité prend une forme particulièrement concrète : La personne en exil est là. On la voit sous un pont, dans une rue, avec sa famille à la lisière d’un campement. Elle a besoin d’un logement, de nourriture, de soins. Dans le récit réactionnaire, chacun de ses besoins peut être transformé en menace.

Entrepreneurs de
nous-mêmes

Une autre transformation est peut-être encore plus profonde. Les travailleur·euses sont constamment invité·es à se penser avec les catégories du patron.

Il faut « savoir se vendre ».

Faire son CV, participer à un job dating organisé par la mairie, améliorer son employabilité, être mobile, flexible, motivé, rebondir, devenir English speaker et parfait promoteur de son « capital humain ».

De plus en plus, on demande à l’aspirant salarié de se vendre lui-même pour être autorisé à échanger sa force de travail contre un salaire.

Une entreprise recrute pourtant précisément parce qu’elle a besoin de quelqu’un pour travailler. Mais c’est celui dont elle a besoin qui doit venir expliquer pourquoi il mérite qu’on l’emploie plus qu’un autre. L’employeur n’a pas, lui, à justifier la pertinence sociale de ce qu’il produit.

Toute la relation est racontée à l’envers. La question n’est plus tellement : de quel produit du travail avons-nous collectivement besoin ? Elle devient : ma force de travail est-elle suffisamment rentable pour qu’un patron accepte d’en bénéficier ?

Il faut préserver « notre compétitivité nationale ». Un collègue absent, une femme enceinte ne se rendent pas compte combien ils « coûtent cher ». Celui ou celle qui échoue à constituer une retraite décente aurait mal géré son parcours professionnel. Une augmentation générale des salaires pourrait « mettre l’entreprise en difficulté » Le sens social du travail s’efface derrière sa rentabilité et progressivement, le salarié apprend lui aussi à regarder le monde avec les yeux de l’entreprise.

On reste salarié, mais on apprend à penser sa propre existence comme une activité comptable. Et c’est peut-être l’une des grandes victoires idéologiques du néolibéralisme : faire intérioriser la logique du capital à celles et ceux qui n’en possèdent pratiquement aucun.

Le travail réel est pourtant exactement l’inverse de cette fiction individuelle : Personne ne produit seul. Le chauffeur-livreur dépend du mécanicien, du constructeur du camion, de la route, du port, du docker, du producteur de carburant. L’aide-soignante dépend de l’hôpital, des autres soignant·es, de l’école qui l’a formée, des usines qui produisent le matériel de soin et des infrastructures qui lui permettent de venir travailler.

Le travail est formidablement social et collectif, mais nous devons néanmoins nous vendre séparément, mis là, chacun face à chacun, en concurrence.

Remettre de l’ordre

Autant le dire clairement ici et maintenant plutôt que jamais nulle part : l’ancien monde ouvrier était lui-même profondément raciste et patriarcal. Mais l’emploi industriel donnait souvent une place sociale particulière à l’homme ouvrier : un métier, un salaire, parfois une qualification et le rôle de pourvoyeur économique du foyer.

La déstabilisation de cette position peut être vécue comme une perte de statut, et cette perte de statut comme une perte d’autorité.

Pendant ce temps, une partie importante des emplois qui se développent appartient au soin, à l’éducation, au commerce ou aux services, des secteurs fortement féminisés.

À l’insécurité matérielle, une réponse émancipatrice chercherait de nouvelles sécurités collectives, la redistribution du travail domestique ou la socialisation du soin.
Une réponse réactionnaire promet quant à elle la famille traditionnelle, l’autorité, l’homme à sa place, la femme à la sienne, la nation retrouvée. Tout cela peut fonctionner comme autant de promesses de sécurité : retrouver une communauté, un ordre, une autonomie, une place. Aucune de ces réponses ne remet pourtant en cause la propriété et l’organisation du capital.

Le vide politique n’existe pas

Une classe sociale ne devient pas révolutionnaire uniquement parce que des individus occupent objectivement une même place dans l’économie. Il faut encore qu’une interprétation commune de cette situation existe.

La disparition du bloc soviétique compte aussi dans cette histoire, cette fois sur le terrain idéologique. Il ne s’agit pas non plus d’idéaliser l’URSS ni de prétendre que les conquêtes sociales occidentales lui seraient simplement dues. Elles ont d’abord été arrachées par des rapports de force, des grèves et des organisations populaires dans chaque pays.

La nature même de l’URSS reste l’objet de vieux débats au sein du mouvement marxiste : société socialiste, capitalisme d’État, système bureaucratique spécifique ? Ce n’est pas ici la question à trancher.

Ce qui importe davantage, c’est qu’elle constituait un pôle politique et symbolique autour duquel pouvaient s’agréger, parfois avec beaucoup d’illusions, l’idée et l’espérance d’un ailleurs au capitalisme.

Sa disparition n’a donc pas seulement modifié les rapports géopolitiques. Elle a aussi participé à fermer un horizon collectif. Après 1989, il devient beaucoup plus facile de présenter le marché, l’entreprise privée et la propriété capitaliste non plus comme des formes historiques d’organisation de l’économie, donc susceptibles d’être transformées, mais comme son horizon indépassable. There is no alternative, l’ouverture des économies d’Europe centrale et orientale offre de nouveaux espaces aux capitaux occidentaux. 

Lorsque les organisations associatives, politiques et syndicales, les lieux et la culture du mouvement ouvrier reculent, le terrain idéologique n’est pas laissé vide. Et c’est là que la crise du mouvement ouvrier devient particulièrement grave. Car son travail n’est pas seulement d’obtenir 3 % d’augmentation chaque année ou de se défendre face à l’agression d’une réforme.

Il consiste aussi à expliquer pourquoi le chômage existe et pourquoi les travailleur·euses ont intérêt à s’organiser ensemble plutôt qu’à se mettre en concurrence. À expliquer pourquoi un salarié français et un salarié étranger ont davantage d’intérêts communs qu’un salarié français et son patron français.

L’internationalisme n’est pas, dans cette perspective, un supplément moral à la lutte de classe. Il en est une conséquence pratique. Plus le capital organise la production par-delà les frontières, plus les travailleurs ont besoin de comprendre que leur mise en concurrence internationale constitue précisément l’un des instruments de leur exploitation.

C’est ce que Fernand Pelloutier, fondateur des bourses du travail appelait acquérir « la science de son malheur » : connaître les causes de sa servitude et discerner contre quoi diriger ses coups.⁸

Il y aurait quelque chose (une connerie ?) de vertigineux à laisser le capital devenir mondial tandis que le mouvement ouvrier apprendrait à penser de plus en plus localement.

Le mouvement ouvrier ne produisait pas seulement des revendications. Il produisait une éthique et une explication du monde. Des lieux, une formation, une mémoire et un vocabulaire permettant de nommer les rapports sociaux.

Et à Calais ?

Si sur la place de Calais l’entreprise ne rassemble plus spontanément une grande partie du salariat, le territoire peut devenir l’un des lieux où se reconstruit cette unité.

C’était déjà l’ambition historique des Bourses du travail : ne pas organiser seulement les salariés de telle ou telle entreprise, mais faire exister une classe au-delà de chaque employeur ou corporation particuliers.

Retrouver celles et ceux que l’entreprise ne rassemble plus : les salarié·es des petites boîtes, les intérimaires, les sous-traitant·es, les aides à domicile, les travailleur·euses isolé·es, les privé·es d’emploi. Et faire circuler entre eux ce que le capital sépare.

Cela suppose aussi de regarder la ville autrement que comme un simple lieu d’agrément et de consommation : la regarder comme un espace de classe.

Les lieux où l’on travaille : l’hôpital, les dernières usines, les commerces, le port, les entrepôts.
Mais aussi les infrastructures qui permettent de vivre : logement, transports, énergie, eau, école, santé, déchets.

Savoir qui travaille où, pour quel groupe, sous quel statut, avec quels salaires et derrière quelles chaînes de sous-traitance.

Car la mondialisation a peut-être dispersé la production, elle doit toujours concentrer les marchandises dans des ports, des autoroutes, des entrepôts et des plateformes logistiques.

Calais est l’un de ces endroits. On y produit beaucoup moins de marchandises manufacturées qu’autrefois, mais on y organise davantage leur circulation.

À cette circulation des marchandises s’ajoute celle des personnes solvables. Le tourisme est lui aussi devenu l’un des horizons de la reconversion économique calaisienne : faire venir, faire rester, faire consommer. Derrière cette économie se trouvent encore des travailleurs qui accueillent, conduisent, servent, cuisinent, nettoient et entretiennent.

Calais devient ainsi une ville où une part importante du travail consiste à organiser des flux. Les marchandises doivent passer. Les touristes doivent venir. Les personnes exilées, elles, doivent être empêchées de passer.

Et pour la frontière aussi, il y a une économie : produire des barrières, dressés des barbelés, démanteler des lieux de vie, secourir, chasser… La contradiction flux / frontière est brutale, mais elle est inscrite dans le paysage calaisien.

Les wheeleuses et les tullistes pouvaient arrêter les métiers. Aujourd’hui, ce sont les agents portuaires, cheminots, caristes, chauffeurs, livreurs qui peuvent interrompre la circulation.

Le pouvoir du travail n’a donc pas disparu avec l’usine. Il s’est déplacé avec le capital. Et c’est peut-être cela que l’économie mondialisé a retiré à la classe ouvrière locale : moins son existence que la possibilité immédiate de prendre conscience de la puissance des salariats.

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Sources et références

¹. Sur la crise des années 1970 et le tournant néolibéral : Ernest Mandel, « La crise du capitalisme », Le Monde diplomatique, avril 1973.
Et 
Gérard Duménil et Dominique Lévy, « À propos de La grande bifurcation », entretien avec Cédric Durand et Razmig Keucheyan, Contretemps, 2014.

². Peter Gowan, « Élargissement à l’Est, un saut dans l’inconnu pour l’Europe », Le Monde diplomatique, octobre 1996.

³. Port Boulogne Calais, Bilan d’activité 2025.

⁴. Insee, Recensement de la population 2022, « Population active de 15 ans ou plus ayant un emploi par sexe, groupe socioprofessionnel et secteur d’activité économique — Arrondissement de Calais ».

⁵. Francine Aizicovici, « Fin de grève victorieuse pour les salariés du nettoyage de l’hôtel Ibis Batignolles », Le Monde, 24 mai 2021

⁶. Insee, Recensement de la population 2022, « Population active, emploi et chômage — Arrondissement de Calais ».

⁷. L’armée industrielle de réserve est un concept développé dans le chapitre 25 du livre I du Capital de Karl Marx

⁸. Fernand Pelloutier, « L’enseignement social : Le Musée du travail », L’Ouvrier des deux mondes, n°14, 1er avril 1898

Une réponse à « On nous a retiré l’usine – Où est passée la classe ouvrière calaisienne ? »

  1. Avatar de serge CONESA
    serge CONESA

    Cette analyse devrait être réalisée dans tous les départements (pour moi, c’est le Tarn, avec Albi, Carmaux, Saint-Juéry, Castres, Mazamet, Graulhet… Comment pouvons-nous avancer si nous sommes incapables d’analyser la contre-révolution libérale des années 1975-1985 et la façon dont elle a transformé le monde du travail, fragmentant la classe ouvrière. J’adhère au schéma général. Il manque, me semble-t-il, quelques éléments : 1) l’urbanisation et l’habitat (avant l’ouvrier habitait autour de la mine ou de l’usine, ce qui construisait également du lien social), 2) la consommation de masse et le low-cost (pression à la baisse sur les salaires et consommation massive de produits de basse qualité mais pas chers), 3) La fiscalité indirecte, 4) La redistribution qui fonctionne à l’envers, du salariat et des retraités vers les grandes entreprises. Il y a comme une sorte de péréquation de la plus-value, après la sphère productive : le salaire ou la pension de retraite devient un enjeu pour refaire du profit à travers l’impôt et la consommation.
    A titre personnel, l’écriture inclusive me gène. Un texte, même d’économie politique, doit pouvoir être lu à voix haute. Il a sa musique et son rythme. L’écriture inclusive (est-elle si inclusive que cela) casse cela… Heureusement que Marx à employé le terme « prolétaires » : « Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! » Sinon ça aurait donné « Ouvriers.ères de tous les pays unissez-vous ! » Bon ce n’est pas l’essentiel.
    Lorsqu’on étudie l’histoire locale et sociale, sur différentes séquences (1905-1910, 1936, 1945…), à Graulhet, à Carmaux, à Albi, à Graulhet, à Castres, à Mazamet… on voit bien que l’acteur essentiel, que constituaient les ouvriers et ouvrières, a aujourd’hui disparu. Il ne reste quasiment plus dans le Tarn d’usines ou d’industrie qui pesaient en 1936 et en 1945 : mines, sidérurgie, délainage, mégisserie, textile, chaux et ciments…
    Les IDHS-CGT sont des outils pour approfondir cette analyse.
    Il faudrait des Groupes d’Études et de Recherches en Économie Régionale qui travaillent sur l’économie et le social, au présent. Et faire le lien entre les deux.

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