Marc Picout travaille depuis près de trente-huit ans dans l’industrie de la dentelle à Calais. Électricien chargé de la maintenance électrique et numérique des métiers Leavers, il a connu une vingtaine de plans sociaux au cours de sa carrière.
Dans cet entretien, le syndicaliste CGT revient sur la liquidation de Darquer et sur le départ simultané de ses 45 salarié·es, qui aura lieu demain, vendredi 17 juillet. Il raconte le choc de l’annonce, les derniers jours dans l’usine et le travail qui se poursuit au ralenti, alors que les machines, les outils et les bureaux resteront sur place après le départ du personnel.
Cette fermeture marque une nouvelle étape dans le recul de la dentelle à Calais. Marc Picout décrit la disparition progressive de métiers et de compétences difficiles à transmettre : tullistes, remonteurs, wheeleuses, ourdisseurs, wappeurs, salarié·es travaillant sur les métiers Raschel, dessinateurs, esquisseurs ou encore mécaniciens capables de démonter et de remonter un métier Leavers.
Il revient également sur trente-quatre années de restructurations, de fermetures et de réduction des effectifs. À Calais, seules les entreprises Michel Storme et Boot & Cosetex poursuivront désormais une activité dans la dentelle, avec des effectifs très éloignés des milliers de salarié·es que comptait autrefois la filière.
Marc Picout évoque aussi les conséquences de cette fermeture sur toute une chaîne de production : les entreprises de finition, les fournisseurs et les sous-traitants, comme le frabricant de fil le Moulinage du Plouy à Nordausques. Il interroge les choix des industriels, qui n’ont jamais réussi à mutualiser leurs moyens pour préserver la production locale, malgré les aides publiques et les reprises successives menées par Pascal Cochez.
Dans une entreprise où la moyenne d’âge atteint 55 ans, cette fermeture brutale oblige désormais Marc et les autres salarié·es à chercher un autre métier, souvent loin du fil, parfois loin de Calais.
Pierre Muys

Laisser un commentaire