Darquer & Méry liquidée : le travail perd encore du métier 

Le tribunal de commerce a prononcé, jeudi 2 juillet, la liquidation judiciaire de Darquer & Méry, anciennement Desseilles. L’activité est maintenue jusqu’au vendredi 17 juillet. Après cette date, les ateliers de la rue des Salines s’arrêteront et 45 salarié·es se retrouveront au chômage.

Une usine qui ferme, c’est une communauté de salarié·es qui perdent leur travail. Des années de gestes appris. Des salaires qui disparaissent. Des compétences qui, du jour au lendemain ne servent plus à rien ni personne.

Au début du XXe siècle, la dentelle faisait travailler près de 30 000 personnes dans le Calaisis. Aujourd’hui, il reste 45 salarié·es chez Darquer & Méry (un peu plus que Michel Storme, l’usine située rue de Vic), au bout d’une longue histoire de promesses de sauvetage conduisant aux mêmes désespérants plans sociaux.

Avec Desseilles, c’est encore un morceau de la capacité technique locale qui se volatilise.

Synthexim, Prysmian-Draka, Meccano, Chroma Biotech, Riechers-Marescot, et maintenant Darquer & Méry : à chaque fermeture, on perd des gestes, des tours de main, des noms de métiers, des manières de conduire une machine, de la régler, de la comprendre, de travailler une matière.

À Calais, on savait faire des choses avec nos mains. La population savait fabriquer, transformer, tisser, câbler, assembler, ajuster, surveiller des machines complexes. Dans la dentelle, les mots eux-mêmes racontaient un monde : tullistes, wheeleuses, wappeurs, raccommodeuses. Derrière ces noms, des métiers, des cadences, des savoirs longs à acquérir.

On ne devient pas tulliste en regardant un métier Leavers derrière un écran. On n’apprend pas la tranquille dextérité de la wheeleuse en regardant un tuto YouTube.

Dans un entretien avec Nord Littoral, la maire de Calais parle d’un « deuil pour toute la ville », « d’un cimetière de métiers« . Beaucoup d’entre nous ont un parent, un grand-parent, une tante ou un voisin passé par la dentelle. Pour les salarié·es, le deuil n’est en revanche pas une métaphore. C’est leur emploi, leur paie, leur métier, leur avenir immédiat.

Depuis vingt ans, les salarié·es de la dentelle ont vécu reprises, changements de nom, licenciements, redressements et liquidations. À chaque fois, on leur a demandé de tenir. À chaque fois, on a parlé de sauver le savoir-faire. Et à la fin, ce sont encore eux qui se retrouvent dehors.

Perdre une usine, c’est perdre du travail, des compétences, des gestes, de la puissance technique, de l’organisation sociale. On perd les lieux où on apprend à produire collectivement, à réparer, à transmettre, à faire, défaire, refaire.


Depuis quelques années, réussir à travailler ici est devenu un rude métier.

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