Ca y est, on a – enfin – fait l’Assemblée Générale obligatoire. Une bonne dizaine de membres réunis autour d’une table. Les rapports, les comptes, les votes, le conseil d’administration renouvelé, tout adopté à l’unanimité. Voilà pour la partie nécessaire. Promis, la prochaine, on la fera plus tôt.

Lire le bilan d’activité 2025 de Calais la sociale
Nous avons surtout pris temps de regarder ce qu’on fabrique avec Calais la Sociale. Pas seulement un site internet. Pas seulement une page Facebook qui balance des liens. Pas seulement une petite machine à indignation locale. Plutôt une tentative : garder quelque chose de ce qui se passe ici.
En 2025, on a publié 191 articles. Des luttes, des fermetures, des grèves, des services publics, des histoires de travail, des frontières, des colères, des fêtes, des films, des réunions, des prises de parole. Des trucs énormes et des trucs minuscules.
Le site a reçu 22 585 visites en 2025. On sait pas trop ce que ça raconte tout seul posé comme ça, mais allez, quand même : des gens viennent lire ce qu’on raconte. Lire, pas juste voir passer une image entre deux pubs et trois publications commerciales.
Faire public
2025, ce n’était pas seulement publier. C’était aussi sortir de l’écran. Mettre des chaises, brancher des câbles, demander une salle, tenir une buvette, faire une affiche, faire venir des gens qui ne se croisent pas toujours.
Il y a eu 24 rochers par seconde, festival de courts métrages citoyens autour de la politique d’enrochement municipal. Des cailloux partout dans la ville, alors on en a fait des films. Quatorze films réalisés par des personnes qui n’étaient pas forcément vidéastes. Environ 150 personnes dans la salle. Des rochers avec des lunettes de maire, des blagues, de la colère, du bricolage. C’était idiot et sérieux. Donc c’était bien.
Il y a eu les États Généraux du Boulot II, autour de cette phrase : continuer encore. Une vingtaine de collectifs dans le forum social. Des syndicats, des associations, des travailleuses, des travailleurs, des chercheur·ses, des militant·es, des habitant·es. Des gens qui savent ce que ça veut dire, continuer après une fermeture, une défaite, un plan social, une manif trop petite, une fatigue trop grande. Ça ne sert pas toujours à gagner tout de suite. Mais ça sert au moins à ne pas disparaître tout de suite.
Il y a eu « Nos hommes » qui a continué sa route : Calais, Boulogne-sur-Mer, Dunkerque, Vieille-Église, Courrières, Lille, Paris, les Glières. Un film né ici, avec les femmes du collectif Prysmian-Draka, et qui raconte ailleurs ce qu’une usine fermée laisse dans les corps, les couples, les vies de ces pièces détachées des plans sociaux.
Il y a eu Des Nimbes au monde, documentaire sur la lutte du Centre Culturel l’Escapade à Hénin-Beaumont face à l’extrême droite municipale. Calais la Sociale a porté le projet, la production et une campagne de financement participatif. 7 628 euros récoltés pour payer des gens et permettre au film d’aller au bout.
Et puis il y a le matériel. Une tonnelle, une enceinte, des micros, une caméra épaule, des projecteurs LED, une imprimante A3. Ça ne fait pas rêver dit comme ça. Mais sans ça, pas d’affiche, pas de captation, pas de son correct, pas de rassemblement amplifié, pas de feuille distribuée sur un marché demain, pas de gens ordinaires filmés aussi sérieusement qu’on filme les gens dits importants.
Faire trace
Calais la Sociale devient un endroit où l’on pense à frapper quand quelque chose se passe. Pas tout le temps. Pas suffisamment. Mais de plus en plus.
Les institutions parlent beaucoup. La mairie parle beaucoup. Les promoteurs parlent. Les experts parlent. Les communicants parlent. Les gens avec logo, pupitre, photographe et micro parlent.
Les autres parlent aussi, mais souvent plus bas, trop tard, entre eux, ou une fois que c’est fini.
Calais la Sociale sert à ça (quand ça marche!) : laisser une trace avant que tout soit recouvert. Une grève. Une fermeture. Une joie populaire. Une honte publique. Une salle pleine. Une mémoire ouvrière. Un truc injuste que tout le monde a fini par trouver normal parce que ça dure depuis longtemps ou juste parce qu’“ici c’est comme ça”.
Donc on continue. Avec des articles, mais aussi des photos, des dessins, des vidéos, des sons, des notes vocales, des feuilles imprimées, des brochures, des archives de luttes, des récits de travail, des histoires de quartier. On voudrait que CLS soit un endroit où l’on peut arriver avec quelque chose : un texte pas fini, une photo, une idée, un témoignage, une phrase, même un truc mal foutu mais important.
Il ne s’agit pas de devenir professionnel de la parole mais de ne pas laisser toujours les mêmes raconter nos vies à notre place.
Et pour nous aussi de continuer encore. À dire, montrer, faire parler, ne pas laisser la ville se taire.
Face à ce qui est, comme à ce quivient, nous racontons comment certaines personnes ici, n’auront pas donner leur accord.

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