Sept ans après la mort de Daniel Delvoye, technicien Enedis décédé après la chute d’un poteau bois lors d’une intervention d’astreinte à Ruminghem, sa femme Christelle a décidé de parler.
Elle ne voulait pas raconter sa vie. Elle ne voulait pas “étaler” son histoire. Mais après un premier jugement qui laisse Daniel seul avec la responsabilité de sa propre mort, elle refuse de se taire.
Pour Christelle son mari n’était pas un nom dans un dossier. Daniel était son mari. Le père de ses deux enfants. Un homme consciencieux, méticuleux, passionné par son travail.
Un dimanche soir, Daniel Delvoye est appelé pour un dépannage. Il est d’astreinte. Il met ses vêtements de travail, ouvre la porte du garage et dit à Christelle : “À tout à l’heure, j’en ai pas pour longtemps.”
Un poteau bois casse. Daniel chute et ne rentrera jamais chez lui. Il est mort au travail.
Dans cet entretien, Christelle raconte Daniel, leur maison, leur famille, la promesse faite sur son lit de mort, et ce combat qu’elle mène depuis sept ans pour son honneur et sa mémoire. Elle raconte aussi ce qu’une mort au travail laisse derrière elle : la maladie, les autres morts et un petit-fils, Gabriel, à qui il faudra un jour expliquer pourquoi papi est parti travailler et n’est jamais rentré ?
Aux côtés d’Arnaud Lépine, délégué CGT chez Enedis Hauts de France, son témoignage ouvre une question simple : quand un agent meurt au travail, qui regarde-t-on ?
L’homme tombé du poteau ?
Ou l’organisation qui l’a envoyé là-haut ?
La maintenance. Les outils. Les nacelles. La formation. Les risques connus mais pas supprimés. Les choix économiques. Les procédures qu’on demande aux agents de retenir, seuls, sur le terrain, alors que le travail réel ne ressemble jamais tout à fait au papier.
Pour Arnaud Lépine, un accident mortel au travail ne doit jamais être traité comme une loterie. On ne peut pas se contenter de demander ce que Daniel aurait dû faire ce soir-là. Il faut aussi regarder ce qui, dans l’organisation du travail, rend possible la mort. 40 personnes sont mortes au travail depuis la création d’Enedis, il y a 18 ans.
Le 30 juin, à Douai, le procès en appel doit poser cette question : la mort de Daniel Delvoye peut-elle être réduite à une faute individuelle ? Ou raconte-t-elle autre chose : une organisation du travail qui renvoie trop souvent la responsabilité sur celles et ceux qui travaillent, au lieu de supprimer le risque à la source ?
Pierre Muys.

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