un rassemblement chaque lundi pour une loi contre la pédocriminalité

Lundi 15 juin, à 19 h, un deuxième rassemblement s’est tenu devant le palais de justice de Calais, en hommage à Lyhanna et à toutes les victimes de pédocriminalité.
Une semaine après une première mobilisation, Séverine Brachet, victime elle-même et membre de l’association Mouv’Enfants, a pris la parole pour réclamer l’adoption d’une loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants.

Devant le palais de justice de Calais, la mobilisation continue. Lundi soir, des personnes se sont de nouveau réunies pour Lyhanna, pour les enfants victimes de violences sexuelles, et pour exiger que la protection de l’enfance ne reste pas un mot creux.

« On va militer tous les lundis à 19 h, ainsi que le 4 juillet », annonce Séverine Brachet. Ce rendez-vous calaisien s’inscrit dans une mobilisation nationale née après la mort de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, une affaire qui a relancé la colère contre les défaillances judiciaires dans le traitement des violences sexuelles sur mineur·es. Depuis le 8 juin, des rassemblements ont eu lieu devant de nombreux tribunaux en France pour demander l’adoption d’une loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants.

Cette proposition de loi vise à répondre à l’ensemble du parcours des victimes : prévention, détection, protection, dépôt de plainte, enquête, procès, réparation et reconstruction. Parmi les mesures défendues par les associations : un entretien individuel annuel dès la maternelle pour repérer les violences, comme le recommandait déjà la CIIVISE ; la formation de professionnel·les spécialisé·es ; un socle minimal d’enquête obligatoire ; ou encore l’éloignement de l’agresseur lorsque la sécurité de la victime est en jeu.

Mais devant le palais de justice calaisien, Séverine Brachet ne parle pas seulement d’un texte de loi. Elle parle aussi depuis son histoire.

« Depuis l’enfance, on a essayé de me faire taire. Mais aujourd’hui encore, on est là pour crier haut et fort et mettre en lumière les failles du système. La honte doit changer de camp. »

Elle raconte les violences subies enfant, l’emprise, le silence, le secret imposé, puis le long chemin de reconstruction. Elle dit aussi ce que la justice, trop souvent, n’arrive pas à réparer : la solitude des victimes, les années perdues, les plaintes qui avancent trop lentement, les violences qui restent enfouies jusqu’à la prescription.

« Je suis allée porter plainte en 2022. J’ai dû expliquer tout ce qui m’était arrivé. Puis expliquer les répercussions sur ma vie. Et, avec un psychiatre, entendre dire que j’étais une victime et qu’eux étaient les bourreaux. Cette phrase m’est restée gravée. »

Aujourd’hui, elle dit vouloir transformer cette parole libérée en soutien pour d’autres. À Calais, elle a créé un groupe Facebook, Brisons le silence, et souhaite lancer localement des groupes de parole pour permettre à d’autres victimes de ne plus rester seules avec leur histoire.

« J’aimerais dire aux enfants qu’ils ne sont pas seuls, qu’on les croit, et qu’il faut en parler. Plus on va en parler, plus ça permettra à certains enfants de comprendre qu’il n’y a pas de honte à avoir. Au contraire : ils sont en danger. »

La soirée s’est terminée par une minute de silence pour Lyhanna et pour toutes les victimes de pédocriminalité. Puis par une reprise de La Rivière, de Pomme.

Le rassemblement aura désormais lieu chaque lundi à 19 h, devant le palais de justice de Calais, jusqu’à l’adoption de la proposition de loi intégrale. Un temps fort national est également appelé le samedi 4 juillet.

Pierre Muys

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