Dans les rues de Calais, les personnes exilées disent stop aux expulsions

Après plusieurs rassemblements organisés ces derniers jours sur le rond-point de l’Hôpital, près du campement régulièrement visé par les expulsions, des personnes exilées et leurs aides et soutiens ont manifesté dans les rues de Calais vendredi 13 juin pour dénoncer le harcèlement policier, l’invisibilisation et les discriminations dans l’espace public. Le texte ci-dessous est un compte rendu de cette marche, accompagné de photographies réalisées par Delphine Lefebvre.

Rendez-vous à 17h, au moment où l’accueil de jour du Secours Catholique ferme. La manif commence. Dans le cortège, peu de monde. Toujours un peu les mêmes têtes. Certain·es sont déçu·es de ne pas être plus nombreux·ses.

Premier arrêt au parc Richelieu. L’arrêt dure un peu. Des prises de parole sont traduites en arabe, en anglais et en français.

« Beaucoup d’entre nous ont déjà enduré la guerre, la violence, la persécution et les épreuves avant d’arriver en Europe. Nous avons quitté nos foyers et nos familles à la recherche de sécurité. Nous ne sommes pas des criminels, nous sommes des êtres humains, contraints de faire des choix difficiles pour survivre. Personne ne devrait vivre dans la crainte constante d’être déplacé, humilié ou laissé sans abri. Nous demandons aux autorités françaises et à l’opinion publique de considérer notre situation avec compassion. Imaginez-vous : vous réveiller tous les matins et voir des policiers démonter votre tente, le seul endroit où vous pouvez dormir. Imaginez-vous dehors, sous la pluie, sous le vent. Cela se produit encore et encore. »

La prise de parole insiste sur une demande simple :

« Nous ne demandons pas un traitement de faveur, nous demandons juste à être traité·es avec humanité et respect. Notre message est simple : mettez fin aux expulsions à Calais, écoutez nos voix, tenez compte de notre situation. Nous espérons qu’une solution plus humaine pourra être trouvée pour les personnes qui vivent ici. »

La manif se dirige ensuite vers la mairie.

Deuxième arrêt. Une autre prise de parole dénonce une politique qui vise à rendre les personnes exilées invisibles.

« Nous sommes ici pour briser le silence systémique. La politique menée par les autorités locales repose sur une seule stratégie insidieuse : rendre les personnes exilées invisibles. »

Le texte évoque aussi le contrôle quotidien dans l’espace public calaisien.

« On a dit à ces personnes qu’en traversant la mer, elles atteindraient le berceau des libertés et des droits de l’Homme. Mais le plus gros choc commence dans l’espace public quotidien ici à Calais. Le profilage racial est devenu un outil de contrôle quotidien. Certaines personnes se voient interdire l’accès aux transports en commun, même lorsqu’elles sont en possession de titres de transport valides, achetés au prix de leur pain quotidien. Le bus et le train sont devenus des lieux de poursuite et de surveillance par la police, au lieu d’être des moyens de transport respectueux de l’humain. »

Puis cette conclusion :

« Cette marche est une déclaration claire en faveur des droits politiques et humains. L’espace public appartient à notre humanité commune, et non à la propriété privée des décideurs administratifs. Nous ne serons pas des numéros oubliés dans les bois. Notre liberté s’arrête là où commence celle des autres, certes, mais notre liberté commence aussi par notre refus de l’oppression et de la discrimination. Stop à la discrimination dans les transports, stop aux expulsions. »

La manif reprend ensuite son chemin direction le théâtre, avant de prendre le boulevard Lafayette puis le boulevard de l’Égalité.

L’ambiance devient plus joyeuse, plus dansante, au rythme des slogans : « No no evictions ! Stop stop expulsions ! » La manif résonne dans les rues. Du monde regarde aux balcons. Les Calaisien·nes semblent curieux·ses. Des tracts sont distribués. L’accueil est mitigé, mais ça se passe globalement correctement. À noter tout de même : un salut nazi aperçu et deux ou trois doigts d’honneur au passage.

Vers 21h, arrivée près du campement de l’Hôpital. La manif se termine par environ trente minutes de musique et de danse, comme une petite rave improvisée. Un moment collectif, plutôt beau, au milieu d’un quotidien souvent lourd.

Beaucoup filment.
Beaucoup restent aussi sur le côté.
Sûrement pas le cœur à la fête. »

Une réponse à “Dans les rues de Calais, les personnes exilées disent stop aux expulsions”

  1. Avatar de Vincent Libon
    Vincent Libon

    Nos sociétés dites développées manquent de plus en plus d’Humanité. La terre n’appartient à personne. Pas plus à nous qu’aux migrants. L’ouverture et le partage sont nécessaires, indispensables et devraient être évidents.
    Si non … le fric au goût de sang nous détruira tou.te.s…

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