Hier environ 150 personnes se sont retrouvées devant la sous-préfecture de Calais pour soutenir les salarié·es du Channel, reçu·es par les financeurs du lieu.
Après l’annonce brutale du 22 mai — cessation d’activité possible, chômage partiel envisagé pour l’ensemble de l’équipe — cette réunion devait permettre d’y voir plus clair.
À la sortie, rien n’est vraiment réglé.
Les décisions les plus brutales semblent, pour l’instant, mises à distance. Une nouvelle mission doit être menée d’ici le 29 juin. Mais la saison prochaine reste incertaine. Son contenu, son calendrier, ses moyens, tout demeure flou. Et le rapport d’audit qui a déclenché cette crise n’est toujours pas transmis dans son intégralité.
Dans notre reportage, on laisse la parole aux salarié·es, représentant·es syndicaux, aux artistes, spectateur·ices et soutiens. On comprend que ce qui se joue ici dépasse largement une question de gestion.
Le Channel n’est pas seulement un bâtiment, un label ou une ligne budgétaire. C’est un lieu dont l’esprit s’est construit contre l’idée d’une culture propre, sage, administrée, inoffensive. Un lieu où l’on ne vient pas seulement consommer un spectacle, mais éprouver autre chose : une liberté, une hospitalité, une manière de faire monde ensemble.
Dans le rapport de force entre les financeurs et les salarié·es, la marge de manœuvre est étroite. Les salarié·es ont des contrats, des salaires, un outil de travail à défendre. Les financeurs tiennent les cordons de la bourse, les calendriers, les procédures.
Mais il existe un troisième acteur : le public.
C’est donc à nouzotes, usager·es du Channel de nous battre, si nous estimons qu’il est inconcevable de venir dans ce lieu pour écouter une musique qui n’égratigne rien ni personne. C’est à nous de dire s’il est raisonnable d’y venir en chemise et cravate, bien assis, bien rangé, bien conforme. C’est à nous, public du Channel d’estimer si l’injonction inscrite à l’entrée du lieu — ENTREZ LIBRE — doit encore être valable, désirable, défendue.
Ou si elle doit tomber, comme semblent le souhaiter celles et ceux qui rêvent d’un équipement culturel domestiqué, neutralisé, débarrassé de ce qui déborde.
La défense du Channel dont nous parlons ne sera pas sauvé seulement par des réunions en sous-préfecture. Il le sera aussi par celles et ceux qui refusent que la liberté devienne un slogan vidé de son sens.
Texte et reportage : Pierre Muys

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