Créer depuis Gaza : Yara Zohud et Adel Al-Taweel à la M.E.R

En période de guerre, et encore plus de génocide, nous pensons d’abord à la privation des besoins élémentaires dont sont victimes enfants, femmes et hommes. Bien sûr, assurer de tels besoins est urgent et d’autant plus coupable l’inaptitude de nos États à le faire.

Mais à Gaza, ce sont aussi des bibliothèques, des écoles, des universités, des centres culturels, des musées, des sites patrimoniaux qui ont été anéantis en même temps que celleux qui les faisaient vivre. Tous ces lieux où l’on peut se rencontrer, échanger, débattre, se souvenir, rêver, soit ce qui définit une culture vivante… Alors que le gouvernement français, qui a reconnu l’État palestinien sans rien faire pour venir en aide à son peuple comme l’exigerait le droit international, freine voire interrompt l’ensemble des programmes d’accueil des universitaires et artistes palestinien·nes, l’association France Palestine Solidarité Calais invite le jeudi 11 juin à 18h30 à la Maison d’entraide et de ressources deux artistes gazaoui.es, Adel Al-Taweel et Yara Zohud.

« L’art est une résistance, une survie et une éternité »

Souvent, au cours de leurs rassemblements du samedi, dans la persévérance d’une lutte contre un génocide en cours mais aussi le silence grandissant qui l’entoure, des membres de l’AFPS ou d’autres lisent des poèmes écrits par des auteur.es palestinien.nes, gazoui.es en particulier. Alors que la série toujours plus effarante des chiffres et des faits nous met littéralement hors de nous, cette poésie nous fait entrer dans l’expérience, charnelle et brutale, d’un.e qui voit et vit quotidiennement la mort et la destruction sans vouloir s’y soumettre.

Il va sans dire qu’au milieu des décombres matériels, mais aussi psychologiques et mémoriels, créer, c’est-à-dire s’exprimer au-delà des communiqués et des syntagmes de la « géopolitique », relève presque de l’impossible et pourtant aussi du fondamental, tout comme il est nécessaire pour nous d’entendre et de voir les œuvres des artistes palestinien.nes.

Cette fois, l’AFPS Calais a choisi d’inviter deux artistes visuels pour explorer avec elle et lui leur œuvre d’avant et après la guerre génocidaire menée par Israël.              

Yara Zohud est une artiste de Gaza, diplômée de l’université Al-Aqsa en 2024. Elle a participé à des expositions locales et internationales, et travaillé en tant qu’enseignante à la Fondation des Filles Palestiniennes. Elle a aujourd’hui rejoint la France et son mari Adel Al-Taweel.

Confrontée aux bombardements quotidiens à Gaza, Yara Zohud a plusieurs fois perdu son travail, ses moyens et ses espaces de création. Néanmoins, elle a continué à réaliser des œuvres avec les matériaux à disposition, pour témoigner des souffrances communes des gazaoui.es. Elle raconte que dans la densité induite par la guerre, prendre en charge l’entourage, le collectif, devient à la fois inévitable et nécessaire pour résister à l’effacement méthodiquement orchestré de tout un peuple. Contre la propagande et contre le silence, son art affronte la « vérité brute ». Par-delà la vie constamment menacée, il veut assurer l’immortalité d’un combat pour la justice.

Adel Al-Taweel est un artiste gazaoui né en 1985 dans le camp de réfugiés d’Al Nuseirat. Après des études d’art, il s’engage dans des collectifs d’artistes. Le 24 janvier 2024, sa maison est la cible d’un bombardement dont il est le seul survivant avec son frère. Il y perd également ses créations, fruits de plus de dix années de travail. Exilé à Paris depuis septembre 2024, il s’efforce de poursuivre son parcours artistique à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts.

Attachée à exprimer une réalité désormais inimaginable, l’œuvre d’Adel Al-Taweel explore la mémoire, son effacement et ses vestiges, ses séquelles dans le présent. Par l’art, il s’agit bien de résister à l’ensevelissement que la puissance coloniale tente d’imposer à tout un peuple : celui de son passé, qui ressurgit inévitablement dans le présent, celui de son espace, qui devient une cartographie folle, celui de sa population, réduite à une masse indistincte. Adel Al-Taweel restitue, par son art, la singularité des personnes, des lieux et des souvenirs.

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Rendez-vous jeudi 11 juin à 18h30 à la Maison d’entraide et de ressources, 3 rue de Croy.

Une sélection de livres sera proposée par la librairie du Channel. 

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