

Est-ce exagéré de dire que Tomorrow UK Inch’Allah, le documentaire de Thomas Grandrémy, était attendu à Boulogne-sur-Mer ?
Sans doute pas.
Après plus d’une année de tournage sur le littoral, après des projections qui ont affiché complet à Rouen et à Calais au printemps dernier, le film arrive enfin à Boulogne sur mer. Avant sa diffusion télévisée prévue en septembre sur France 3 Hauts-de-France, deux projections exceptionnelles sont organisées ce mardi 9 juin 2026 à l’Université du Littoral.
Si la séance de 19 heures affiche déjà complet, il reste encore des places pour celle de 20 h 30.
Pourquoi ce film interpelle tant et pourquoi est-il essentiel de prendre le temps de le découvrir ?
Parce que ce film parle d’un territoire que nous croyons tous connaître mais dont les réalités à la fois les plus discrètes et les plus voyantes nous échappent. Et parce qu’il montre ce que de nombreuses personnes engagées, elles voient et vivent sans toujours parvenir à le raconter.
De Dunkerque à Boulogne-sur-Mer, la frontière franco-britannique ne se résume en effet plus seulement à Calais. Les départs en mer se sont étendus à l’ensemble de la Côte d’Opale. Les plages, les dunes, les villages côtiers et les stations balnéaires sont devenus les témoins d’une réalité qui transforme profondément ce territoire. Le documentaire suit cette propagation, non comme un reportage d’actu mais comme une immersion sensible dans le quotidien de celles et ceux qui vivent cette frontière. Exilés, habitants, bénévoles, policiers : leurs trajectoires se croisent dans un espace marqué par la militarisation, l’attente, la solidarité mais aussi la mort.

Dans son dossier de présentation, Thomas Grandrémy explique avoir voulu raconter cette « contamination du territoire par la présence militaire » et ses effets sur l’ensemble de la population locale comme sur les personnes exilées. Pour lui, la Côte d’Opale constitue un seul et même espace géographique traversé par une même frontière.
Le film suit notamment Brigitte et André, habitants de Boulogne-sur-Mer, témoins des transformations de leur environnement, mais aussi Ahmed, jeune Soudanais suspendu à une demande d’asile qui n’en finit pas d’attendre. À travers eux, le réalisateur donne à voir et ressentir l’engagement, le découragement, les jours qui se répètent, les incertitudes, les rencontres improbables.

L’une des forces du documentaire est sans doute de refuser les « grands discours ».
Ici, pas de discours surplombant. Pas davantage de misérabilisme. Le film s’attarde sur les violences, bien sûr, mais aussi sur les moments de vie, les rires, les liens qui se créent malgré les langues et malgré les frontières.
À certains égards, Tomorrow UK Inch’Allah s’inscrit dans la lignée de Fuocoammare (Par-delà Lampedusa) du réalisateur italien Gianfranco Rosi. Dans ce film récompensé par l’Ours d’or à Berlin en 2016, Rosi observait la crise migratoire méditerranéenne non pas à travers les chiffres ou les discours politiques, mais depuis le quotidien des habitants de l’île de Lampedusa.

Il mettait en regard deux mondes qui coexistent sans réellement se rencontrer : celui des insulaires et celui des exilés arrivant par la mer. De manière comparable, Thomas Grandrémy filme la Côte d’Opale comme un territoire-frontière où les trajectoires des habitants, des bénévoles, des policiers et des personnes en exil se croisent continuellement.
Là où Rosi révélait comment la frontière transformait silencieusement Lampedusa, Tomorrow UK Inch’Allah montre comment cette même logique redessine aujourd’hui les paysages et les existences du littoral entre Calais et Boulogne-sur-Mer. Et cette réalité est impressionnante, violente, saisissante. Le mérite de Thomas Grandrémy est de la montrer sans jamais la simplifier, grâce à un regard précis, patient et profondément humain.
Et puis il faut le dire aussi , il y a cette présence constante qui traverse tout le récit : la mort.
Une mort qui s’invite le long de la côte, qui revient dans les bulletins radio, dans les récits des bénévoles, dans les souvenirs des habitants, et qui rappelle sans cesse le prix humain de cette zone frontière
Alors que l’Europe envisage aujourd’hui de créer des « hubs de retour » toujours plus éloignés des frontières, Tomorrow UK Inch’Allah nous rappelle qu’avant d’être un sujet politique, l’exil est une expérience humaine.
Et c’est précisément pour cela que ce film nous bouscule car il nous invite à être au plus prés de celles et ceux qui « vivent l’exil ».
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Les projections seront suivis d’échange avec le réalisateur et avec l’association Opal’Exil, et les collectifs Alors On aide présents sur place.
Une collecte est organisée pour l’occasion. (besoin de thé, café confitures biscuits secs jus de fruits)

RESERVATION POSSIBLE POUR LA SEANCE DE 20H30 :
https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSfpBd-LdpeH5TJXFkGJURxwKbUwtCiRriYcLZv9X6B3hT9Wng/viewform?

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