Aucun spectacle, aucune résidence d’artistes, aucun atelier, aucune visite du lieu pendant plusieurs mois : c’est le scénario redouté par une partie des salarié·es, intermittent·es et membres de l’association du Channel.
Réuni au sein du collectif « Le Channel en danger », ce groupe alerte sur un projet de restructuration qui pourrait conduire à l’arrêt des activités de la scène nationale à partir du 1er juillet. Les signataires contestent la nécessité et la méthode d’un plan présenté comme urgent alors que, selon eux, l’établissement ne se trouve pas en cessation de paiement.

Nous reproduisons ci-dessous leur communiqué :
LE CHANNEL, SCÈNE NATIONALE, MENACÉ DE CESSATION D’ACTIVITÉ
Vendredi 22 mai 2026, une réunion urgente, à caractère obligatoire, est sollicitée par la nouvelle directrice du Channel, arrivée en novembre 2025, la présidente et le vice-président de l’association.
Ce qui a été annoncé lors de cette réunion a choqué, abasourdi l’équipe et généré une incompréhension totale.
Alors que le Channel n’a pas de dettes, ni de problème de trésorerie à ce jour, et qu’il dispose de réserves qui permettent de surmonter, pour l’instant, les baisses de subventions, un « plan de redressement » imminent et selon une méthode radicale a été annoncé.
Les éléments partiels portés à la connaissance de l’équipe sont basés sur le rapport d’un diagnostic « financier et économique » mené au mois d’avril 2026 par un consultant extérieur. Celui-ci a été déclenché par la nouvelle directrice et financé par le Département.
L’objectif tel qu’il avait été présenté par la directrice était : « démontrer aux institutions, depuis une parole neutre et un point de vue extérieur, la nécessité absolue de maintenir les subventions de fonctionnement du lieu ». En effet, depuis plusieurs années, le Channel est fortement affaibli par des baisses de subventions et un bâtiment usé dont les problèmes mobilisent quotidiennement l’équipe.
Le consultant mène sa « mission flash » alors qu’une partie de l’équipe est en congés. Aucune rencontre et aucun échange avec l’administratrice et la cheffe comptable n’ont lieu. Les éléments évoqués portent des accusations graves sur la gestion de la structure et la compétence de celles et ceux qui y travaillent. La situation qui est décrite est pour partie totalement fausse, pour partie approximative et entièrement arbitraire.
Par ailleurs, le rapport complet est tenu confidentiel. Il a été refusé aux délégués du personnel de pouvoir le consulter. Ils n’en ont reçu qu’une brève synthèse.
L’équipe a travaillé pendant des mois, à la demande de la nouvelle directrice, sur la possibilité de mener une saison 2026-2027 viable économiquement. Et à l’heure de finaliser la préparation de cette prochaine saison, on nous annonce le vendredi 22 mai un arrêt complet de l’activité dès le 1er juillet et pour une durée indéterminée, d’au moins six mois.
Cette annonce, assortie de la mise au chômage partiel de l’équipe permanente, ainsi que du recrutement d’un « directeur administratif et financier de transition » pour opérer la « restructuration » et le « redressement », signifie qu’il n’y aura aucune activité artistique au Channel pendant toute cette période. Aucun spectacle, aucun atelier, aucun cours d’option théâtre ou d’option cirque, aucune visite du lieu, aucune rencontre, aucun accueil de compagnies en résidence, aucun prêt de salle, aucune location des espaces.
L’existence du Channel est menacée. Les emplois des équipes permanentes, intermittentes, techniques et artistiques sont menacés. La vie des Grandes Tables et de la librairie Actes Sud est fragilisée à court terme.
Ces mesures abruptes sont présentées comme « la seule solution urgente ». Considérant la situation financière du Channel, certes de plus en plus fragile compte tenu des baisses de subventions, elles nous apparaissent totalement inadéquates. Le Channel n’est pas en cessation de paiement.
Le scénario annoncé s’assimile à un sabordage des équipes et du lieu alors qu’une saison 2026-2027 légère, ajustée aux contraintes économiques, est élaborée.
Il a été suggéré à l’équipe de profiter du chômage partiel pour « prendre un autre travail » ou « partir en vacances ».
Depuis ces annonces du vendredi 22 mai, les équipes permanentes et intermittentes, ainsi qu’une large part des membres de l’association du Channel, sont dans l’attente de réponses à leurs questions concrètes et urgentes, envoyées à la présidence et à la directrice.
Or, cette dernière est en arrêt depuis, et la présidente a informé les délégués du personnel qu’elle se tenait « en retrait » et que la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) devenait notre interlocuteur. De son côté, la DRAC renvoie la balle à la présidente.
Cette fin de saison annonce des rendez-vous artistiques importants : La pastasciutta antifascista de Casa Cervi de Floriane Facchini & cie, la Fête de la musique, le Off et la dernière Boum Boum Party, ainsi que le Bal des lycéens. Rendez-vous préparés de longue date qui, aujourd’hui, sont remis en cause car il n’y a plus de présidence et plus de directrice.
L’équipe livrée à elle-même est mise en difficulté pour poursuivre l’activité de fin de saison et se projeter à court comme à long terme.
Quel est l’avenir du Channel ? Celui qui s’élabore dans l’opacité totale et à l’insu des équipes sonnera à coup sûr la mort du lieu de vie artistique, ainsi que celle des Grandes Tables et celle de la librairie Actes Sud.
Collectif Le Channel en danger*,
Collectif composé de salarié·es permanent·es et intermittent·es, artistes et technicien·nes, des délégué·es du personnel, de membres représentant·es des adhérent·es, membres associé·es et fondateur·rices, de personnels des Grandes Tables et de la librairie Actes Sud.

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