Faisant suite à la lettre de la LDH adressée à la mairie de Calais, le Collectif féministe de Calais a interpelé ces dernières semaines la maire de Calais et les équipes municipales chargées de l’organisation de la programmation estivale pour demander l’annulation du concert hommage à Patrick Bruel prévu le 11 juillet. Alors que la victoire a été annoncé cet après midi, voici leur tribune.

Crasse des grands hommes
« Quatre masseuses + 8 + 19 + Flavie Flament » : ce n’est pas la nouvelle chanson de Grégoire, ni l’épreuve de maths au brevet cette année, mais le nombre de femmes qui accusent Patrick Bruel de viol, de tentative de viol ou d’agression sexuelle. Une trentaine d’accusations donc, et au moins treize plaintes dont cinq pour viols, pour des faits ayant eu lieu entre 1991 et 2019.
C’est dans ce contexte que vous, Ville de Calais et Calais XXL, programmez le 11 juillet 2026 un tribute à ce même Patrick Bruel, intitulé – attention : crachat à la tête des victimes – “Place des Grands Hommes” : rarement le titre d’un événement a été si mal choisi ; d’ailleurs nous, on lui préfère « Crasse des Grands Hommes » !
Difficile de passer à côté de l’info en ce moment, mais peut-être n’êtes-vous pas tout à fait au courant. Tout y est : mineures droguées, techniques de prédation en tout genre, agents de sécurité qui disent “non Patrick, pas elle”. La jubilation du chasseur et de l’impunité qui l’enveloppe. N’avez-vous pas lu le témoignage de la chanteuse embrassée de force dans une voiture, de l’attachée de presse qui prend les escaliers pour ne pas être dans le même ascenseur que lui juste après une agression, de Flavie Flament, elle 16 ans et lui 31, qui boit un thé et ne se réveille qu’après, alors que Patrick Bruel est en train de lui reboutonner son jean ? N’avez-vous pas lu les récits des masseuses, des maquilleuses, des intermittentes, des artistes, de toutes ces femmes qui ont eu la malchance de croiser son chemin ?
Peut-on sérieusement imaginer que la ville de Calais invite ses habitant·es et les touristes de passage à célébrer la figure d’un homme accusé de harcèlement sexuel, d’exhibition sexuelle, de tentatives de viol, de viols et d’agressions sexuelles ? À chanter en chœur « qui a le droit de faire ça à un enfant ? », alors même qu’une plainte pour viol sur mineure a été déposée par une de ses victimes ?
Nous ne sommes d’ailleurs pas les seul·es à voir qu’il y a un problème puisque l’affiche de présentation de la programmation de l’été, avec la tête de Bowie et une invitation à se trémousser, a été modifiée pour faire disparaître la mention de Patrick Bruel. Le 13 avril 2026, sur Facebook, l’affiche indique en haut à gauche « Tribute Patrick Bruel ». Mais le 22 avril, le nom de Patricia Cunha remplace celui du chanteur. Apparemment, pour vous, services de la ville comme pour Calais XXL, faire disparaître le nom suffit. Pas pour nous : nous demandons l’annulation de ce tribute. Qu’il laisse la place à des artistes de la scène calaisienne, des vivant·es (Bruel n’est même pas mort !), auxquel·les la programmation estivale n’offre pas une seule scène. Quant à Jérôme Maugis, le chanteur qui prétend être le sosie vocal du mis en cause, qu’il se reconvertisse. On a bien essayé de dresser une liste de potentiels personnages à imiter, mais les hommes célèbres accusés d’avoir commis des violences sont tellement nombreux qu’on y a renoncé.

Violeur on te voit, victime on te croit
Et pitié, ne répondez pas qu’il faut séparer l’homme de l’artiste, alors même que c’est son statut de chanteur et même d’idole qui a permis à Patrick Bruel d’agresser en toute impunité toutes ces femmes, pour certaines mineures. La tournée des Enfoirés exclut le chanteur de ses spectacles, les concerts de Bruel sont annulés en Suisse, au Québec, et Calais organiserait son hommage ! Quelle honte ! Alors certes, ce n’est pas le “vrai” Patrick Bruel, mais on ne peut pas entretenir la nostalgie et la gloire d’un porc.
Et s’il vous plait, ne nous ressortez pas non plus l’argument usé de la présomption d’innocence pour nous assigner au silence. Si ce principe juridique oblige bien la justice à établir la culpabilité d’un accusé, il ne doit jamais imposer aux victimes et au public de se taire. Comment imaginer mettre fin aux violences systémiques si nous refusons de les voir et de les entendre, si nous refusons de remettre en cause la place de ceux qui se sont longtemps crus hors d’atteinte ?
« Alors regarde, regarde un peu », brayait-il. Oui, on regarde Patrick, on regarde, et on te voit. Quant à vous les victimes, on vous croit.

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