À Hénin-Beaumont, la menace de révocation qui a visé en début d’année Djelloul Kheris, agent municipal et syndicaliste SUD, ne raconte pas seulement un conflit interne. Elle raconte une manière municipale de gouverner qui ne se cantonne pas uniquement au bassin minier et ses villes dirigées par des maires étiquetés Rassemblement National.
Avec Gilles Rembotte, agent territorial à Calais et secrétaire départemental SUD Collectivités territoriales du Pas-de-Calais, ils reviennent sur cette procédure disciplinaire, sur l’usage du devoir de réserve comme arme de dissuasion, sur la peur qui s’installe dans les services, et sur ce que devient aujourd’hui la fonction publique territoriale quand la parole des agents est vécue comme une menace.
Ce qui se joue dans cet entretien prolonge directement Des Nimbes au monde, notre documentaire consacré à la municipalisation du centre culturel L’Escapade d’Hénin-Beaumont. Djelloul y apparaissait déjà comme l’un des visages de cette séquence. Dans cet entretien, il déplace la focale : du lieu culturel aux services municipaux, de l’association à la mairie, c’est la même mécanique de contrôle qui affleure.
Et ce n’est pas un hasard si cet échange fait aussi écho à notre entretien avec Francis Peduzzi sur les années de tensions entre la municipalité de Calais et le Channel. À chaque fois, une même question s’invite : que devient une ville quand les espaces qui produisent encore de l’autonomie, du débat ou de la création sont progressivement ramenés dans l’orbite du pouvoir municipal ?
On parle ici de peur managériale, de cabale disciplinaire, de syndicats qu’on tente de discréditer, d’associations qu’on remet au pas. Du “féodalisme local” comme le définit Gilles Rembotte. Mais on y évoque surtout un attachement profond au service public tel que conçu par Anicet Le Pors, à l’éducation populaire, à la possibilité pour des agents, des bénévoles, des habitant·es, de continuer à faire vivre autre chose qu’une simple chaîne de commandement et de s’épanouir dans une perspective de travail démarchandisée, dans l’intérêt de toutes et tous.
Entretien réalisé par Jérémy Ollivier
Vidéo et textes : Pierre Muys
Relecture : Sandra Moreau
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REBONDS
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