A Findus, une prime qui punit les salarié·s malades

Depuis trois jours les lignes de production ont ralenti chez Findus, au port de Boulogne-sur-Mer. Depuis lundi, les salariés débrayent deux heures par poste, de jour comme de nuit. Une mobilisation progressive, mais déjà très suivie, pour peser sur des négociations salariales jugées inacceptables.

Au cœur du conflit : une revendication simple — 80 euros brut d’augmentation pour toutes et tous — face à une direction qui propose une prime de présentéisme. Une ligne rouge discriminatoire pour la CGT.

Christophe Hagneré, secrétaire général CGT Marée et transformation des produits de la mer, et secrétaire général adjoint de l’union locale de Boulogne-sur-Mer, s’exprime ici au nom des salarié·es mobilisé·es, aux côtés notamment de Samuel Blamangin, délégué syndical CGT chez Findus, et Nicolas Manier, élu CGT au CSE.

« Le fossé est énorme »

« Au départ, il y a eu deux ou trois réunions qui se sont passées correctement… puis on s’est rendu compte que le fossé entre ce qu’on veut et ce que la direction propose est énorme. »

Dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO), la CGT revendique une augmentation générale de 80 euros brut mensuels. Une demande refusée. À la place, la direction met en avant une prime de présentéisme. Un sanction pour les salariés malades pour le syndicaliste

« C’est une prime qui divise les salariés et qui sanctionne directement les personnes en arrêt maladie. Elles n’auront jamais d’augmentation. Dans ce contexte d’inflation, certains vont se retrouver avec 0 %.  Cette prime à la présence doit sauter

Une mobilisation qui s’organise dans la durée

Le mouvement a été construit avec les équipes sur place.

« On a discuté avec Samuel Blamangin, Nicolas Manier, et avec les salariés. On a décidé de partir sur un débrayage de deux heures par poste, pour commencer doucement. L’idée, c’est de pouvoir tenir dans la durée. »

Et la mobilisation est déjà massive.

« On est à 90 % de grévistes la nuit, 60 % en journée. Les lignes sont fortement impactées. Sur du pané, si t’as personne aux postes clés, rien ne tourne. »

« On travaille dans le froid,
avec des cadences qui augmentent »

Sur le site boulonnais, environ 170 salariés travaillent, dont 120 en production.

« C’est du travail posté, souvent de nuit, dans le froid. Les cadences ont augmenté. La direction a installé une pointeuse… Les salariés sont de plus en plus stressés, mis sous pression.  Il y a moins de CDI qu’avant. On nous demande de travailler plus, avec moins de moyens et moins d’embauches. Et maintenant, cette prime au présentéisme en rajoute une couche. »

Les salaires avaient été revalorisés ces dernières années, après des mobilisations.

« Lors de la guerre en Ukraine, on avait débrayé et on avait obtenu 7,2 %. Les deux ou trois années qui ont suivi, on n’était pas trop mal. On s’attendait à des NAO difficiles, on est servi..”

Dans un contexte d’inflation persistante, la question salariale reste effectivement centrale.

« On s’attend à de nouvelles hausses de prix, notamment avec les tensions au Moyen-Orient. Dans l’alimentation, la hausse du prix des carburants se répercute sur toute la chaîne. Les Smic sera certainement réindexé en juin… Il faut donc augmenter les salaires. On prévoit aussi des clauses de revoyure. »

Une activité en baisse,
des inquiétudes sur l’avenir

Derrière le conflit salarial, c’est aussi l’avenir du site qui inquiète. Même si l’entreprise reste active, les salariés redoutent des choix stratégiques à l’échelle européenne.

« On est passés de 22 000 tonnes à 14 000 tonnes. On ne tourne plus que sur deux lignes au lieu de quatre. Il y a des sites plus puissants ailleurs… On a toujours peur d’un transfert d’activité.»

Et malgré la localisation portuaire, l’ancrage local de la production ne semble pas protéger l’activité. Le poisson sur lequel travaillent les Findus provient de 90 pourcent de Chine.

Vers un durcissement du rapport de force

Pour Christophe, dont le poste de secrétaire  générale de la CGT Marée et Transformation des produits de la mer permet d’avoir un regard macro sur l’activité portuaire boulonnaise, la mobilisation pourrait prendre de l’ampleur 

« On a le soutien de l’union locale CGT. Ça va prendre de l’ampleur. Une autre entreprise du port pourrait suivre dès demain, avec des problèmes de conditions de travail, de management toxique, de harcèlement…  De manière générale, les NAO vont être très compliquées sur le port. Le mouvement risque de se généraliser. »

Mais les salarié·es se disent déjà prêts à aller plus loin.

« Si rien ne bouge, on pourrait aller jusqu’au blocage du site. Les salariés, avec nos camarades Samuel Blamangin et Nicolas Manier, sont prêts à durcir le rapport de force. “

Une nouvelle réunion de négociation est prévue ce mercredi après-midi. 

Pierre Muys


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