
Dans un communiqué envoyé ce jour, treize organisations continuent de dénoncer les accords franco-britanniques signés fin juillet 2025 et surnommés par la presse anglaise « One in, One out » (un entrant, un sortant).


Présenté comme un outil destiné à prévenir les traversées périlleuses et à lutter contre les passeurs, l’accord « One in, One out » prévoit que pour chaque personne renvoyée en France après avoir tenté de rejoindre les côtes anglaises en « small boats », une autre est sélectionnée en France pour entrer avec un visa au Royaume-Uni.
Concrètement, cela signifie qu’une personne peut bénéficier de voies sûres de passage, tandis qu’une autre doit risquer sa vie pour traverser la Manche, avec la peur constante d’être renvoyée en France dès son arrivée au Royaume-Uni.
« Les individus qui tentent de revenir sont détectés grâce aux données biométriques, détenus instantanément et renvoyés dès que possible, ayant perdu leur temps et leur argent. » Déclare un agent du Home office, dans The Guardian.
Depuis l’application de ce dispositif le 11 août 2025, au moins 354 personnes ont ainsi été renvoyées, perdant leur temps et leur argent, mais subissant également des atteintes à leurs droits fondamentaux et un non-accès à la protection internationale garantie par la Convention de Genève.
La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dénonçait dès le 14 octobre 2025 un « texte attentatoire aux droits des personnes migrantes et contraire aux engagements internationaux de la France ».
Dans une lettre de 20 pages rendue publique le 6 février 2026, sept rapporteurs spéciaux de l’ONU font état de cas impliquant des personnes ayant survécu à la torture, à la traite d’êtres humains ou à la guerre, placées arbitrairement en détention avant leur expulsion. Ils dénoncent l’usage de cagoules, les techniques de contention et la détention de personnes suicidaires, susceptibles de constituer des traitements cruels, inhumains ou dégradants, en violation de la Convention contre la torture et de la Convention relative au statut des réfugiés.
Les experts remettent également en cause les garanties juridiques du dispositif : les critères de sélection apparaissent arbitraires et pourraient concerner des enfants.

Le 8 janvier 2026, les organisations de soutien aux personnes réfugiées ont pris connaissance d’une lettre signée par une centaine de personnes détenues dans le cadre de cet accord à Harmondsworth et Brook House (Royaume-Uni). « Elles décrivent des atteintes graves à leurs droits : des mois d’enfermement, un accès aux soins et à la représentation légale défaillant, l’isolement, une détresse psychologique extrême et des violences physiques. Elles demandent explicitement à la France de cesser d’accepter des renvois forcés qui portent atteinte à leur dignité et à leurs droits fondamentaux », peut-on lire dans le communiqué.
La France jugée comme pays tiers non-sûr par la haute cour de l’angleterre ?
Récemment, un juge de la Haute Cour en Angleterre a suspendu le renvoi d’un demandeur d’asile érythréen vers la France, La Cour a estimé que son expulsion pourrait causer une atteinte grave à sa santé mentale et que la France n’apportait pas une protection suffisante aux personnes victimes de traite.
Refugié·es, Associations, CNDCH, ONU, combien en faudra-t-il pour mettre un terme à ces accords ?
Pour les associations du Nord–Pas-de-Calais, la réalité est claire : les personnes qui tentent une nouvelle traversée après une expulsion se retrouvent souvent à la rue, exposées à des dangers accrus. L’accord ne fait que multiplier les risques.
Face à ces constats, une question demeure : combien de rapports, combien d’alertes internationales faudra-t-il encore pour mettre fin à ces pratiques ?

Photo : Pierre Muys

Calais La Sociale tient parce que des gens décident qu’il doit exister.
Notre média ne dépend ni de la publicité, ni d’intérêts politiques ou économiques.
On dépend de nos lecteurices.
Si vous aimez ce qu’on fait, si vous voulez que ça continue, aidez nous :
https://www.helloasso.com/associations/calais-la-sociale/formulaires/1
