Pascal Lefebvre, silhouette familière des luttes calaisiennes, est décédé

,

Le militant calaisien Pascal Lefebvre est décédé. Son corps a été retrouvé chez lui le 3 mars au matin.

Beaucoup de gens à Calais connaissaient sa silhouette. Son vélo décoré. Sa présence dans les manifestations, les rassemblements, les commémorations. Pascal était de ceux qu’on voyait souvent dans les cortèges, qu’ils soient politiques, syndicaux ou environnementaux.

Je crois l’avoir croisé des centaines de fois depuis que Calais la Sociale existe.

On se disait bonjour. Parfois on se faisait la bise. On échangeait quelques mots. Et puis chacun reprenait sa place dans la manifestation, dans la réunion, dans la soirée.

Mais la vérité, c’est que je ne le connaissais pas vraiment.

Je ne savais pas quel travail il avait fait dans sa vie. Je ne connaissais pas son parcours. Je ne savais pas ce qu’avaient été ses années avant de le croiser dans les mobilisations locales.

J’avais entendu, comme beaucoup, des fragments de choses sur sa vie. Des difficultés. Des tensions. Des moments compliqués. Mais rien qui permette vraiment de raconter qui il était.

Et au fond, c’est peut-être cela qui me trouble aujourd’hui.

Parce qu’à Calais, dans les luttes locales, nous sommes nombreux à être liés de cette manière étrange. Nous nous croisons sans cesse. Dans les manifestations, les rassemblements, les réunions, les commémorations. Une, deux, parfois plusieurs fois par semaine.

On sait que l’on peut compter les uns sur les autres.

On sait que certains visages seront là quand il faudra être là.

Mais nous ne connaissons que très rarement l’itinéraire de celles et ceux qui marchent à côté de nous.

Les mouvements sociaux sont aussi faits de cela. D’anonymes qui avancent côte à côte. Des gens qui se connaissent peu mais qui partagent une intense fidélité, une vive manière d’être là.

Aujourd’hui, l’une de ces silhouettes familières manque à la ville.

Nos plus sincères condoléances à ses amis, ses camarades ainsi qu’à sa famille.

Pierre

Pascal Lefebvre lors d’une manifestation contre la réforme des retraites en janvier 2023
Photo : Marine Deseille

Pour tenter de raconter un peu mieux qui était Pascal Lefebvre, nous publions ci-dessous les textes que trois de ses amis ont accepté de lui consacrer.


Grégory

Après l’annonce de son décès, j’exprime mes plus sincères condoléances à sa famille. J’éprouve une profonde tristesse, mais aussi le besoin de rendre hommage à Pascal Lefebvre, qu’on appelait aussi entre nous « Pascalito ».

Un homme érudit aux multiples talents. Féru de jeux d’échecs, Pascal était passionné par la musique, par les gens, par la vie. Il aimait blaguer. Un brin artiste, il nous enchantait par sa poésie, ses photos, ses aquarelles.

Il aimait participer à des collectifs pour apporter son soutien à des causes humanitaires et écologistes. Chacun gardera son meilleur souvenir de son passage parmi nous.

Mais je choisis ici d’exprimer un point de vue militant.

C’est début 2017 que j’ai rencontré Pascal au café Le Deltaplane. Je militais en solo sur les réseaux sociaux pour La France insoumise. On m’a contacté puis invité à rejoindre le groupe d’action que Pascal avait créé : « Le Calaisis insoumis ».

C’était le point de départ d’une grande aventure fraternelle avec cet homme au grand cœur. Un peu taquin, un peu moqueur, mais toujours bienveillant au fond.

Ensemble nous avons mené des luttes essentielles pour le bien commun.

Le 18 mars 2017 à Paris, nous avons participé avec Pascal à la première Marche pour la 6ᵉ République. Un souvenir inoubliable et fondateur pour la suite.

Marche contre le coup d’État social de Macron. Lutte contre la loi travail et contre la privatisation de la SNCF. Marches pour le climat et contre le déboisement massif. Mobilisations contre la politique autoritariste et raciste de Bouchart…

Pascal était de toutes les luttes pour le bien vivre ensemble, de toutes les campagnes électorales de la gauche de rupture avec le capitalisme et le racisme.

Sa bonhomie et ses accoutrements sur son vélo ont toujours amené de la bonne humeur dans des causes parfois tragiques.

Il restera pour nous un exemple de constance dans l’engagement citoyen.

Au nom de mes camarades et de mes amis, je lui lève pour toujours et très haut mon plus beau sombrero.

Repose en paix mon ami, mon camarade.
Ciao Pascalito.


Olivier

Du blues dans les oreilles.

Ce soir, des souvenirs.
Des souvenirs plein la tête et les oreilles.

Te voilà parti là-haut.
Parti trop tôt, mon ami, mon camarade.

Toi, l’homme à la gapette, perché sur son vélo.
Surtout l’automne, surtout l’été, surtout le printemps, surtout l’hiver.

Toi, l’homme à la guitare, toujours prête à rejoindre le rythme de l’instant présent.

Toi, l’homme féru de cinéma, qui m’a entraîné à l’Alhambra les après-midi pluvieuses.

Toi, l’homme des terrasses ensoleillées de Calais-Nord dès qu’il y avait un risque d’éclaircie.

Toi, l’homme capable d’échanger dans la rue avec des inconnu·es jusqu’à les persuader du bien-fondé de ce qui nous reste à sauver ensemble.

Toi, l’humaniste qui m’a accueilli à Calais.

Juste merci, Pascal.

Les braderies, les manifs, les discussions, les clivages, les apéros, la bouffe…
(Ce qui se passe au 14 reste au 14 !)

Que de souvenirs. Et que des bons, malgré ta vieille tête de bougon.

Rest in peace,
Paix à ton âme, l’ancien.
Forever.


Éric

Pascal, est-ce que tu te souviens ?

On s’est connus au boulot, à l’Hoverport de Calais.

Tu aimais rigoler tout en faisant du travail sérieux.
Et tu y arrivais. Comme moi.

Nous avions des goûts communs : la photo, la musique, le cinéma, les nanas, la peinture… et le rire, bien sûr.

Quand on s’est retrouvés quarante ans plus tard, nous avions pris des chemins différents. Et tu m’as rappelé une anecdote que j’avais oubliée.

On est au boulot, c’est la pause repas. Tu es en face d’une collègue hôtesse. Elle porte une belle chemise blanche immaculée.

Tu prends ton verre de vin rouge, tu commences à boire. Je te sors une connerie. Et d’un coup, instantanément, de ta bouche sort un jet de vin qui traverse toute la table et va tacher la belle chemise blanche de notre collègue.

Tu ne riais jamais à moitié !

Quarante ans plus tard, je te retrouve en revenant à Calais. Et le fil de l’amitié ne s’était pas rompu.

Tu m’as fait découvrir le Calais des bars. Où tu chantais sans jamais oublier ta gratte. Tes amis. Et ces autres bars où on allait regarder les matchs de Lens.

Tu aimais la musique pop, le blues, mais aussi la grande musique. Quand tu parlais de la Deuxième Symphonie de Gustav Mahler, tes yeux se mouillaient.

Tu étais un gros cœur sensible.

L’injustice t’horripilait. À La France insoumise, tu as trouvé un mouvement qui te correspondait.

Tu étais quelqu’un de connu, de reconnu à Calais.
Nous avions aussi le foot. Nous aimions la même équipe.

Pascal, tu me manques.
Mais de là-haut, la vie continue.
Et allez Lens.

Éric.