
Jeudi, un homme vit sous un porche.
Vendredi, il n’y a plus personne.
À la place, des barrières empilées, scotchées, serrées les unes contre les autres.
Une barricade propre,
Le problème n’est plus là,
donc le problème n’existe pas.
La ville parle de « mise en sécurité ». De plaintes de riverains.
D’odeurs, de sales eaux.
Alors on nettoie et puis on ferme. Avec les moyens du bord, dit la municipalité.
« Et on assume ! »
De moins en moins de préaux, Et toujours plus de salauds.
Depuis plusieurs années, Calais expérimente une politique simple: empêcher d’exister dans l’espace public.
Pas accompagner, pas loger, pas rencontrer.
Écarter. Déplacer. Rendre impossible.
Une politique de bourges appliquée à la misère, où l’ordre urbain compte davantage que la survie sociale.
Le slogan municipal promet de « se battre pour Calais ».
Ici, on voit surtout contre qui.
Un homme disparaît.
Une barrière apparaît.
Et il fait froid et la pluie tombe
Des salauds, des salauds, des salauds.
Pierre.
