Cancer Colère : dire le cancer, dénoncer le système

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À Boulogne-sur-Mer, Chantal mène deux combats : celui contre le cancer, et celui contre « les empoisonneurs ».



Pollution de l’air, pesticides, perturbateurs endocriniens, contamination des sols et de l’eau, les scientifiques le démontrent aujourd’hui largement, les causes environnementales sont clairement à l’origine d’un certains nombres de cancer.

Pourtant, les politiques semblent sourds.
Et même soutiennent le modèle productiviste de l’agriculture qui utilisent de nombreuses substances dangereuses pour la santé.

Et Chantal, ça la met en colère. 

Elle nomme comme d’autre l’empoisonnement en cours, la responsabilité politique, et elle refuse de disparaître derrière un ruban rose et des slogans creux.

Rencontre avec une combattante.

« On nous parle prévention… mais jamais des poisons »

Ce qui a mis en route Chantal, c’est le cri d’une autre femme.

Le 8 juillet 2025, dans l’hémicycle de l’assemblée nationale, Fleur Breteau, sidérée par les paroles de députés, se lève toute colère et avec fracas, tête nue de chimio, toise ceux présent dans un cri :

« Vous êtes les alliés du cancer et on le fera savoir ».


Fleur Breteau le raconte, à ce moment là, elle sort d’une séance de traitement lourd, elle ne sent plus ses jambes, elle est engourdie et quand elle écoute les prises de parole, elle prend en pleine face le mensonge énonce par les députés.

Et elle se dit qu’il n’y a personne en face pour les contredite.
Ecoeurée, elle refuse de sortir sans rien dire.

« j’avais l’impression que dans ma voix, il y avait des milliers de voix et pour moi c’était à la société civile de conclure la séance, je pouvais pas laisser ces politiques conclure »

« Cette femme qui montrait son cancer devant des députés… ça m’a vraiment impressionnée. »

Chantal découvre alors le mouvement Cancer Colère.
Ce collectif de malades qui refuse la fatalité et pose une question radicale :
Qui empoisonne ? Et pourquoi personne ne répond ?


Chantal a beaucoup lu sur la question, elle a intégré les groupes de messagerie, elle a participé à l’organisation de la manifestation du 8 février dernier.

Chantal, pourtant diminuée par les traitements de son cancer, après deux ans d’alternance d’immunothérapie et de chimiothérapie, ne baisse pas les bras et affute son propos. 


Elle parle d’« attaque en règle » menée par les industriels de l’agriculture et de la chimie.
Et elle aussi dénonce un système où des multinationales produisent à la fois des pesticides… et des traitements contre le cancer.

Elle reprend les mots de Fleur Breteau qui cite un rapport 2024 de la Cour des comptes évoque le cancer comme une « manne financière ».
Et enfin, elle lâche cette phrase qui sonne comme un slogan :

« L’espoir se niche dans la vie plus forte que leur politique de mort. »
Pour Chantal, cette formule met des mots sur ce qu’elle sait depuis longtemps et qui l’éloigne des mouvements roses.

« On parle des traitements, on parle de prévention. Mais jamais des causes. Jamais des pesticides. Mais pourtant c’est évident, battons nous mais pas à coup de ruban »

Une offensive politique citoyenne

La pétition contre la loi Duplomb qui a rassemblé plus de deux millions de signatures cet été semble loin.
Certes le Conseil constitutionnel a censuré la réautorisation de l’acétamipride. Mais pourtant, le texte revient cet hiver.

Le sénateur Laurent Duplomb défend à nouveau l’usage du pesticide dans certaines filières. Le débat a eu lieu hier encore à l’assemblée.
Chantal observe cela depuis Boulogne, avec un mélange de colère et de lucidité :

« On est mal barrés. C’est le pot de terre contre le pot de fer. »
« Depuis quelques années, on démantèle tout ce qu’on a construit en trente ans. Alors il faut aller dans la rue »

A Boulogne-sur-Mer : un peu isolée, mais décidée

De sa campagne boulonnaise où elle vit depuis toujours, Chantal s’est engagée dans le mouvement Cancer Colère et essaie de faire vivre à sa mesure ce collectif.
Elle relaye les informations, en parle autour d’elle.

À Lille, à Valenciennes, dans le bassin minier, ça bouge, mais ici ce n’est pas simple de mobiliser pour l’instant les personnes cancéreuses.

Ce que Chantal aime dans ce collectif, c’est qu’il est en lien avec bien d’autres organisations : des agriculteurs de la Confédération paysanne, des étudiants d’AgroParisTech, des membres des Soulèvements de la Terre et cela crée des alliances avec les malades.

Le problème dit Chantal, c’est que
 « Même à l’hôpital, on ne veut pas voir »

Quand elle parle de pesticides dans sa chambre d’hôpital, les réactions la plombent :

« On me regarde avec des yeux ronds. »
« Certaines me disent que c’est le vaccin Covid, d’autres parlent d’ecoterroriste… »


Ce que ressent Chantal, c’est que les causes environnementales dérangent tout autant que la maladie elle-même.

*« On veut faire comme tout le monde… mais quand on a un cancer, on doit accepter qu’on n’est plus comme tout le monde. Et puis il faut déjà oser parler de son cancer. Quand on dit “je suis cancéreuse”, les gens sont gênés, ils savent pas quoi répondre. Même des proches. Parfois je ne dis pas que j’ai un cancer, comme si c’était honteux »


Il n’y a pas que le cancer… c’est un empoisonnement général

Chantal parle depuis l’intérieur du monde agricole.

« À la campagne, les écologistes, on ne les aime pas. On est ostracisés. Nous, on est agriculteurs de génération en générations Et les bidons avec les têtes de mort, elle les a vu, elle les a vu utiliser.
Les gestes qui sont appris à l’école agricole. Elle a vu les voisins tomber malades.
« Il n’y a pas que le cancer : Parkinson, maladies pulmonaires, dégénératives… »

Si Fleur Breteau parle d’un système qui protège les industriels plutôt que la population, Chantal parcourt ses souvenirs et de dire : des poisons ont été utilisés et le sont encore.

Les deux récits se rejoignent, se font écho.

Un combat des citoyens pour tous les citoyens

Fleur Breteau et les membres du collectif Cancer Colère le disent fort :

« Même si on n’est pas d’accord avec le voisin, on boit la même eau. On respire les mêmes cochonneries. On mange la même chose. »
La politique, disent-ils, c’est défendre ce qui nous est essentiel à tous.
Des habitants vivant près de rivières polluées racontent que leurs enfants ne peuvent plus se baigner là où eux se baignaient.
« On nous prive aussi d’un imaginaire. C’est d’une grande violence. »
Ce n’est donc pas seulement un combat sanitaire.
C’est un combat pour la possibilité d’un avenir qui ne soit pas fait de chimie, d’endométriose ou de diabète à 40 ans.

« Peut-être que maintenant j’aurai moins peur de le dire »

Au fil de l’entretien, Chantal glisse une phrase fragile :

« Peut-être que maintenant j’aurai moins peur de dire que je suis cancéreuse. »

Dire la maladie. Exprimer sa colère. Raconter l’empoisonnement.
Dans ce territoire qui peine à se mettre en route, sa parole est un acte politique.

Chantal le sait.

« L’espoir se niche dans la vie plus forte que leur politique de mort. »

SITE DE CANCER COLERE : https://cancercolere.org/

Pour toutes informations et contacter Chantal : messsagerie du site Cancer Colère.

Crédit photos : photos extraites du site Cancer Colère.