
Le 27 janvier dernier, lors de la cérémonie des vœux organisée par la mairie de Calais salle Edgar Quinet, une action menée par un collectif informel est venue interrompre le déroulé officiel de la soirée.
Alors que des musiciennes entament les premières notes de « Résiste » de France Gall, elles sont rapidement repoussées par une brigade de police présente dans la salle. L’action, pacifique et symbolique, n’aura duré que quelques instants. Elle a toutefois suffi à provoquer une réaction sécuritaire immédiate.
Le collectif à l’origine de cette intervention a souhaité rendre publiques ses intentions à travers un communiqué que nous partageons ici.
COMMUNIQUé DE PRESSE
« A l’attention de Mme La Maire et des habitant.e.s de Calais
Ce soir [27 janvier], à l’occasion des vœux de Mme la Maire, les personnes présentes ont été témoin d’une scène assez insolite. Des musiciennes ont sorti leurs instruments de musique pour interpréter « Résiste » de France Gall. A peine ont-elles eu le temps de jouer deux notes qu’elles étaient violemment repoussées par une brigade policière. Avant que d’autres ne parlent à leur place, ils, elles ont souhaité s’exprimer pour éclaircir leurs intentions.
« Nous sommes un collectif informel de citoyen.ne.s et habitant.e.s de Calais, rassemblé.e.s par l’élan commun de « faire notre part », au service du droit à chacun.e de vivre dignement. Quotidiennement au contact de personnes en trajectoire migratoire, nous nourrissons l’espoir profond d’habiter dans un monde plus inclusif et humaniste. En étant pacifiques, notre action est une invitation à créer du lien et du dialogue entre celles et ceux qui œuvrent au mieux vivre ensemble dans notre ville. En utilisant la musique comme porte-parole, nous voulons proposer la joie et l’espérance comme boussole de nos luttes communes. En utilisant des couvertures de survie comme des boules à facette, rendre visibles les personnes invisibles. Avec une pointe de légèreté et d’humour qu’il faut savoir réinsuffler au milieu des barbelés. Pour ne pas se résigner. Pour réenchanter nos villes et nos vies, en continuant à nous réunir autour de ce qui nous rassemble et nous réchauffe.
Conscient.es que cette action imprévue pouvait interroger et déranger, nous avons entonné nos chants pour rendre visible et audible la situation des centaines de personnes qui dorment dehors en ce moment et qui n’ont jamais été mentionnées lors des vœux de Mme la Maire. Quand bien même la « solidarité » semble être le mot-clé de son discours, les centaines de bénévoles, volontaires, engagé.e.s au nom du droit à vivre, ne sont pas non plus les cibles de ses vœux d’engagement et d’espérance. Si nous étions là ce soir, c’est parce que nous avons une voix à faire entendre. C’est regrettable, Mme la Maire a préféré remplir la salle de policier.e.s plutôt que de nous donner une chance de le faire. Et les médias d’aussitôt reprendre le champ lexical du « terrorisme » en décrivant notre action : les mots sont un peu forts lorsqu’on s’exprime avec un accordéon et des farandoles, n’est-ce pas ?
Nous exprimerons donc nos intentions profondes dans ce communiqué. Nous faisons la demande auprès des responsables politiques locaux et autorités compétentes :
- que soient envisagées des solutions de mise à l’abri adaptées pendant toute la période hivernale,
- que soit réouvert le plan grand froid, comme c’est déjà le cas dans le département du Nord,
- et que cessent les expulsions systématiques des personnes en exil sur notre territoire.
Parce que si nous apprenons à considérer ces humain.e.s en transition comme des frères et sœurs d’humanité, il est insupportable de les savoir vivre et dormir dans ces conditions. Nous ne sommes certes pas responsables qu’ils et elles arrivent à Calais, ni vous ni nous. Mais nous avons tou.te.s le pouvoir de faire quelque chose. Et alors, « danse pour ces milliers de cœurs, qui ont droit au bonheur », prend tout son sens… Mais aurait-il fallu que nous ayons le temps d’arriver à la fin de la chanson pour laisser dans le cœur des Calaisien.ne.s ce refrain joyeux et plein de promesses d’un monde où il fait bon vivre !

