« Élan Citoyen Boulonnais » présente sa tête de liste

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Ce lundi 19 janvier le collectif « Élan Citoyen Boulonnais » présentait sa tête de liste à la presse en vue des élections municipales des 15 et 22 mars.

Les chaises disposées en cercle se garnissent, la vingtaine de citoyens rassemblés en cette fin de journée de janvier attend les journalistes. On sent une légère fébrilité dans l’air du petit local de campagne du 79 Grand Rue.

Pierre Géneau, un des initiateurs du « Collectif Elan Citoyen », l’air concentré introduit et rappelle la genèse de celui-ci. 

« Il y a un an, nous nous réunissions pour créer ce collectif citoyen et participatif et écrire une charte constitutive. Pourquoi citoyen ? Parce qu’on y adhère en tant que simple citoyen. Et participatif parce que le but est de réintéresser la population à la politique. C’est l’élection locale qui plait le plus, qui parle le plus aux gens. Le maire on le connaît, on peut le choper si on veut ! »

« Il y a un an, nous nous réunissions pour créer ce collectif citoyen et participatif et écrire une charte constitutive. Pourquoi citoyen ? Parce qu’on y adhère en tant que simple citoyen. Et participatif parce que le but est de réintéresser la population à la politique. C’est l’élection locale qui plait le plus, qui parle le plus aux gens. Le maire on le connaît, on peut le choper si on veut ! »

A portée d’engueulades comme dirait l’autre… 

« On veut faire de la politique avec un grand P c’est-à-dire la gestion de la cité, on s’inscrit dans le réseau « Actions Communes » qui rassemble des listes citoyennes. Ce réseau édite un guide à destination des collectifs voulant se présenter aux élections municipales et forme à des méthodes participatives » 

« Tout le monde peut s’exprimer, cela donne envie de participer ! »

Depuis un an, Elan Citoyen recueille la parole des boulonnais.
Que ce soit à travers un questionnaire en ligne sur les priorités des habitants ou encore des ateliers participatifs et des rencontres dans des lieux publics. 

« On finance nous-même ce local, c’est super, on est vu ! » s’enthousiasme Pierre Géneau.

« On a eu pas mal de débats thématiques avec des professionnels, des associations, ils sont ravis de trouver un lieu où être écoutés ».

La tête de liste n’a pas été la priorité du groupe « à l’inverse d’une liste classique ». 

Même si la constitution de la liste est déjà bien avancée, on n’en saura pas davantage ce soir. Dans tous les cas, celle-ci une fois les quarante-trois candidat.e.s confirmés devra être déposée en préfecture fin février.

« Le code électoral impose une tête de liste »

Baptiste Legrand, marié et père de 3 enfants prend la parole :

« j’ai eu la chance et l’honneur d’être choisi comme tête de liste par une élection sans candidat. J’ai accepté. C’est le groupe qui te choisit, c’est les gens qui disent on aimerait bien que ça soit toi ! Ca donne confiance ! »

L’élection sans candidat, façon innovante de désigner des personnes à des responsabilités, qu’elles soient électives ou autres, est méconnue du grand public.

« On commence par détailler collectivement un profil, s’en suit un vote à l’issue duquel chacun est invité à prendre la parole pour expliquer son choix.».

Une journaliste malicieuse s’exclame « c’est comme l’élection du Pape ! »

« On a des freins qui sont dans la société, l’élection sans candidat permet à plus de femmes, à plus d’empêchés de la démocratie de participer. On prétend lever un certain nombre de freins »

détaille Sandra Caron, sensible à ce que les exclu.e.s, les précaires, les plus éloignés de la politique participent et soient écoutés. 

Jouer collectif

A 40 ans Baptiste Legrand, ce novice en politique, ne se voyait pas il y a encore un mois se présenter à une élection. Il déclare être candidat « pour travailler à un projet municipal construit autour de décisions collectives ».

Cet éducateur bénévole dans un club de foot gère trois magasins bio. Arrivé à Boulogne il y a une dizaine d’années, ce sportif est un usager quotidien du vélo en ville. En tant que parent d’élève élu, s’investir dans la création du « Collectif Cantine Côte d’Opale » est apparu comme une évidence. C’est comme ça que l’accroche s’est faite avec Elan Citoyen.

Le « Collectif Cantine Côte d’Opale », rassemble parents et grands parents, autour de la simple question « comment mieux manger à la cantine ?». Il vise à la réalisation d’un « diagnostic alimentaire du Boulonnais ». Promeut « une alimentation plus équilibrée » pour les maternelles et primaires et s’intéresse à comment sont organisés les appels d’offre et marchés publiques. Ces membres veulent peser dans le récent Plan Alimentaire Territorial de la Communauté d’Agglomération du Boulonnais qui peine à décoller. 

Du participatif

« Notre méthode, comment on va fonctionner, ça sera du participatif, tous les grands projets seront soumis à consultation soit par des conventions citoyennes, soit par des réunions de quartier. Nous ferons aussi des conseils municipaux décentralisés pour aller au plus près des Boulonnais. De la parole des habitants émanera des décisions  » détaille Pierre Géneau.

La parole, toujours elle, se met à circuler librement entre les membres du Collectif.

Sandra Caron, fortement impliquée dans la dimension participative, insiste sur le fait qu’Elan Citoyen souhaite faire monter en compétence le plus grand nombre au-delà de ce collectif.

« C’est un laboratoire citoyen ! La plupart d’entre nous n’ont jamais été élu.e mais nous sommes sérieux, on a travaillé ».

Alain Berthault rebondit, déterminé, pour marquer la différence avec les autres listes en course, en déclarant qu’au niveau de la CAB, s’ils sont élus, c’est un autre élu boulonnais qui sera présenté à la présidence et pas le maire de Boulogne.

A une journaliste interrogeant sur le fait de ne pas présenter un programme détaillé aux électeurs, Sandra Caron répond :

« nos principes, grandes orientations et pistes de travail nous les dérouleront au cours du mandat. Ce n’est pas une feuille blanche, il y a des constats partagés sur le logement, la santé entre autres. Il y a déjà plusieurs exemples dans le tract. »

Denis Buhagiar, conseiller municipal et communautaire, intervient d’un ton vif :

« Faire du participatif, on va vers ça un peu partout : à Dunkerque quarante réunions publiques pour la transformation du réseau de bus ont été nécessaire. Exemple à Capécure, les arrêts de bus, on doit écouter quand les gens râlent. On n’a pas consulté sur Capécure. J’ai posé la question à la CAB, on m’a répondu : on a vu avec les patrons. Ca s’arrête là ! »

Une journaliste demande comment Elan Citoyen compte attirer les entreprises ? Une démarche participative sera-t-elle aussi mise en place ? A qui demander l’avis ?

Sandra Caron répond que pour chaque action, une méthode adaptée sera déployée.

« En matière de développement économique il y a une grosse demande sur le centre ville, une convention citoyenne c’est un an minimum. La collaboration se fera entre autre avec les services municipaux et communautaires où il y a beaucoup de talents. »

Quelle attractivité pour Boulogne SUR MER ?

François Lesec renchérit :

«  chaque commune a le soucis du commerce local, allons voir ailleurs, à Saint Omer les acteurs locaux ont saisi tous les outils possibles ». Selon lui, un large débat doit aussi avoir lieu sur « quel tourisme on veut pour notre territoire ?  Aujourd’hui c’est un impensé. Observons ce qu’il se fait ailleurs »

Denis Buhagiar insiste sur le fait qu’« une ville où on se déplace mieux, où il y a des médecins, où on se loge facilement attire davantage : ça crée de l’attractivité… Nous proposons par exemple l’installation d’une maison de santé ».

Baptiste Legrand revient sur les aspects économiques

« Regardez la Ville de Lille, il y a des élus à l’économie sociale et solidaire, la SCIC* est un nouveau modèle économique coopératif. La Ville de Boulogne pourrait participer financièrement à une ou plusieurs SCIC. Un exemple : Citiz** un réseau d’autopartage permettant la location de voiture en libre-service. D’autres domaines peuvent être concernés comme la petite enfance ».

Toujours sur le centre ville, Alain Berthault propose le transfert de la maison des associations située rue de Wicardenne dans l’étage des ex-Nouvelles Galeries, au coeur du quadrilataire. « Cela participerait à animer le quartier ».

Gérard Foucault, ancien commerçant et fils de commerçant boulonnais, connaisseur de la vie économique locale, cite l’expérience de la Ville de Béthune. Cité qu’il a connu de l’intérieur par certaines fonctions qu’il a exercées. « Un travail de fond sur l’attractivité a été mené depuis trois mandats avec succès  » selon lui. 

Plusieurs insistent sur l’urgence d’enrayer cette spirale, les loyers commerciaux élevés sont un frein à l’ouverture de nouveaux commerces et à leur succès. Tous sont conscients que c’est un travail de longue haleine qui les attend en cas de victoire. 

D’autres s’interrogent et déplorent la raréfaction de services publics de proximité tels que la Caisse d’Allocations Familiales et la difficulté des usagers à y avoir recours.

La gratuité des bus est abordée par Alain Berthault, elle serait possible par « une augmentation du versement mobilité ».

L’ex-versement transport est cette contribution des employeurs pour financer les transports en commun, applicable aux entreprises de 11 salariés ou plus. Elle est fixée sur notre territoire par la CAB.

Denis Buhagiar souligne que le Plan de Déplacement Urbain de la CAB date de 2015 « beaucoup de choses ont évolué depuis… ». Pour lui, il est grand temps de retravailler celui-ci en intégrant toutes les mobilités.

La conférence de presse prend doucement fin, les membres d’Elan Citoyen se rassemblent autour d’un pot de l’amitié, la pression retombe. J’en profite pour discuter avec deux ou trois personnes.  

Réinventer Boulogne depuis ses quartiers

Charlotte Defolie, 37 ans, heureuse boulonnaise d’adoption depuis six ans, mariée et mère de 2 enfants.

« C’est mon voisin avec qui on discute beaucoup de solidarité et d’écologie qui m’a incitée à participer aux réunions ».

L’enseignante en Sciences de la Vie et de la Terre, ancienne enseignante-chercheuse, est engagée dans l’associatif notamment dans la médiation par l’animal. Elle intervient auprès de précaires, salariés d’ESAT, malades hospitalisés ou en soins palliatifs… Elle est là en tant que citoyenne.

« Elan Citoyen, c’est une aventure humaine ! Tout le monde est intéressant. Ca manque ce genre de rencontres, on se plaint trop souvent, on n’agit pas… »

« J’aimerais agir pour les quartiers, chacun a son identité. J’aimerais aussi motiver les jeunes à rester, à ne pas partir pour Calais ou Lille, la ville est un peu morose, ça ne donne pas forcément envie de s’impliquer… ».

« C’est difficile de se loger à Boulogne, nous avons dû louer un AirBnB pendant trois mois, je ne vous explique pas la facture ! »

Celle qui prend 4 jours par semaine le train pour se rendre au travail a vu lors de ces quatre dernières années l’offre ferroviaire se dégrader. Les trains bondés et en retard elle connaît.

Très enthousiaste elle me dit « Mais on est restés, c’est génial ! C’est beau !Y’a plein de choses à faire ! On a acheté au Chemin Vert, c’est mon quartier, je l’aime, je me vois y vivre longtemps ! »

La salle se vide progressivement, les lumières s’éteignent, le rideau métallique se baisse, les derniers militants quittent le local sans oublier de s’être rappelés les prochaines réunions. Dernières salutations.

J’échange encore quelques minutes sur le trottoir avec Baptiste Legrand.

Ce natif de Saint Quentin dans l’Aisne, a vécu une bonne partie de sa jeunesse en région parisienne. Sa mère est infirmière et son père a été gérant d’un réseau de boulangerie. Il a fait une école de commerce, travaillé dans l’informatique. Après sept années chez Décathlon notamment comme responsable clients, il découvre la bio grâce à un magasin à côté de chez lui. Sa femme d’origine boulonnaise est désireuse de revenir au pays, direction Boulogne !

A la cherche de travail, il apprend l’existence d’un magasin bio en centre ville. « Je dépose une candidature spontanée, j’étais déjà dans le commerce » et c’est comme cela qu’il entre à Biocoop Boulogne.

Il ouvrira quelques années plus tard avec l’équipe et l’ancien gérant le magasin de Saint-Martin-Boulogne puis celui de Berck. Par son intermédiaire, le nombre de producteurs locaux partenaires de ces trois magasins a augmenté.

« Aujourd’hui les 3 magasins c’est 25 personnes, c’est important pour moi la création d’emplois. Quand on est gérant chez Biocoop c’est politique, ce sont des choix de gestion et de société, on est en coopérative »

Et s’il est élu ?

Pour lui, le commerce de proximité c’est une présence dans la ville, c’est du lien social, certains clients disent à Baptiste Legrand et à ses collègues « heureusement que vous êtes là ! ». Il sait que l’alimentaire a la chance d’être épargnée par la concurrence de la vente en ligne et son développement fulgurant contrairement à d’autres commerces de proximité. Pour lui la Ville doit se mettre au service des commerçants et non l’inverse. Même si la Ville n’est pas inactive, pour autant « il faut libérer les énergies » et aller plus loin.

Son dada le lien entre l’alimentation et la santé pour tou.te.s.

« Le Plan Alimentaire Territorial (PAT) de la CAB doit chercher comment faire travailler agriculteurs et cantines, il faut secouer, faire connaître ce Plan, élargir les partenariats. Un PAT existe aussi dans la région berckoise il est en phase 2, plus avancé, accélérons dans le Boulonnais ! ».

« La transition écologique passe par des actions locales, prenons l’exemple de la rénovation de l’Ecole Condorcet au Chemin Vert, une cantine est prévue, c’est l’occasion de tester quelque chose autour de l’alimentation de qualité pour tous et de l’approvisionnement local. Mais aussi autour de la réduction des déchets et du gaspillage alimentaire. Faisons un test grandeur nature ! ».

Une première étape pour ensuite aller vers une généralisation aux autres écoles de la Ville.

La conversation touche à sa fin, Baptiste Legrand regarde au loin. On parle de sa perception de la Ville : « trop de gens sont au chômage, il faut agir là-dessus c’est important ».

Je lui demande comment lui ressent sa ville :

« Boulogne est une ville où je me vois bien vivre jusqu’à la fin de ma vie, j’y élève mes enfants, c’est une ville dans laquelle je me sens hyper bien, on peut se déplacer à vélo, aller courir facilement le long des berges…  »

Qu’il soit élu dans la majorité ou dans l’opposition en mars, il conclut en s’interrogeant sur comment faire perdurer cet Elan Citoyen au-delà des élections.

Le match ne fait que commencer…


> Une réunion publique aura lieu le jeudi 29 janvier à 18h30 au CCAS rue Charles Butor à Boulogne pour présenter les grands axes du programme. Elan Citoyen vous invite à contribuer à ce moment innovant où vous aurez la parole.

Un accueil pour les enfants sera proposé sur place pour permettre aux parents de participer.

La liste est soutenue par les Écologistes et les Insoumis.


*La société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) est une entreprise coopérative qui a pour objet « la production ou la fourniture de biens et de services d’intérêt collectif qui présentent un caractère d’utilité sociale ». Elle associe divers acteurs autour d’un projet commun, combinant efficacité économique, développement local et utilité sociale.

**A ce jour, plus de 5000 utilisateurs se partagent 170 véhicules Citiz disponibles dans plus de 20 villes des Hauts-de-France (métropole lilloise, Arras, Douai, Desvres-Samer). Citiz, dans les Hauts-de-France : La SCIC Lilas Autopartage a été créée en 2007 à l’initiative de la Ville de Lille et de l’opérateur de transports en commun Keolis. Celle-ci associe dans une gouvernance partagée des acteurs diversifiés : utilisateurs, salariés, collectivités, acteurs de l’économie sociale et solidaire, entreprises de la mobilité et du transport.