
À Calais, le passage à la nouvelle année ne tient pas dans une seconde.
Pas même dans l’excitation d’un compte à rebours scander au top à plein poumons.
(un jour c’est sûr, on le refusera tout net leur impérieux décompte !)
Le passage à l’an prochain se disperse dans des lieux qui n’ont rien à voir les uns avec les autres.
Des lieux qui tiennent ensemble sans fibre pour les relier.
Et les corps dansent, serrés, portés par le son, les bruits, la lumière.
Et les gens mangent chaud, debout, dans un lieu d’accueil, entre langues étrangères et commun silence.
Et les chairs entrent, bleues, blanches, poules, dans la mer, costumées, presque nues, pour rire, dès matin franchi, quand la fête semble prête à tomber.
S’il existait, notre carnaval serait terrible.
Pas les mêmes gestes,
Pas les mêmes foules,
Pas les mêmes récits
Et pourtant partout la même ville.
Calais se raconte quand même souvent par ses fractures.
Ce coup-ci pourtant c’est par ses passages.
Par ses traversées brèves, fragiles, joyeuses, où les corps prennent le relais des discours.
Manger,
danser,
plonger
Aucun de ces gestes n’explique la ville
Mais ils expriment un même élan chez celles et ceux qui y habitent :
TENIR
Malgré l’hiver et la nuit,
Malgré cette fatigue qui coule sur nos vies
Tenir sans nous connaître,
Tenir ensemble pour ne pas nous résoudre à tomber,
Son chacun sa chacune,
Bien mis foutu tout seul
à se dépatouiller du fond de sa vie
Ce passage n’est ni une trêve ni deux jours à mettre entre pouces parenthèses.
C’est une synthèse.
Un moment où une ville sans unité se montre tout à coup telle qu’elle est : coexistante, multiple, endurante.
Parce que c’est quand même pas tous les jours que ça se fête, chez nous, la bonne année.
Alors, allez.
Pierre Muys













































Crédits photos :
Gwen Mint Photographe (réveillon au Channel, scène nationale de Calais)
Laurent Prum (réveillon à l’accueil de jour du Secours Catholique de Calais)
Pierre Muys (bain du 1er janvier)
