


Ils ont débarqué en cette veille de réveillon en haut de la Grande rue, Boulogne sur mer, voilà la sous-préfecture.
Faire le siège. En bordure de nuit, avec les lampions, les guirlandes de Noel, l’ambiance est presque à la fête.
Quelques tracteurs mastoques, ça impressionne toujours, une benne remplie de paille, de gros pneus en guise de sapin, toute une série de baches aux slogans nombreux et des palettes écriture blanche sur fond noir.
Et les enfants, les enfants frigorifiés mais amusés d’être de la partie.


Dans le froid du soir, bonnets bien vissés sur les têtes, on s’agite pour planter le décor, pour installer le campement. Pas loin, les forces de l’ordre sont à l’affut.
« Vous allez pas mettre le feu ? » s’enquiert un policier, un brin inquiet.
« Bernard, ramène nous les bâches qu’on a préparées, on a des choses à dire », réplique tranquillement un agriculteur.
Car cette mobilisation, comme tant d’autres ces dernières semaines partout en France, n’est pas un simple rassemblement festif improvisé : elle est un geste pour « maintenir la pression »


L’inQUIETUDE ET LA MOBILISATION
Les agriculteurs présents viennent de Marquise, de Desvres, des contreforts du littoral… Tous partagent la même inquiétude — celle de voir disparaître leur métier, leurs exploitations, leurs espoirs d’avenir.
« On a déroulé la paille, c’est parce que demain on ne veut pas l’être… sur la paille », expliquent-ils, le ton oscille entre humour noir et détermination.
Si la colère n’est jamais très loin, elle a cédé sa place, ici, à une volonté de sensibilisation :
« On veut se battre pour l’avenir, pour nos jeunes, pour nos exploitations… on veut pas les sacrifier, demain ça compte », disent-ils, convaincus.
Au-delà de l’émotion et des symboles, il y a aussi ce message choc sur lequel ils ont décidé d’insister :
« Faut dire aux Français… si le Mercosur passe, ils auront de la merde dans leur assiette. »


Cet accord de libre-échange entre l’Union européenne et le bloc du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) est au cœur d’une mobilisation agricole récente — avec des milliers d’agriculteurs manifestant à Bruxelles et dans d’autres villes européennes ces dernières semaines pour dénoncer ce qu’ils estiment être une concurrence déloyale et une menace pour la souveraineté alimentaire

Une action locale, mais des revendications nationales
Dans le Boulonnais aussi, les paysans ont décidé de mettre en avant leurs revendications concrètes :
« Les palettes, dans nos autos, dans tout le territoire du Boulonnais, on va les déposer aux axes de passage, le long des supermarchés… »


La liste de leurs demandes est pragmatique.
« On a fait notre liste, au Père Noel, on peut toujours rêver »
- Suppression de la taxe sur les engrais, critiquée pour alourdir encore davantage les coûts de production,
- Augmentation du budget de la PAC (Politique agricole commune), pour garantir des aides suffisantes aux exploitations,
- Abandon définitif du projet de Mercosur, vu comme une menace sur les prix, les normes sanitaires et la qualité des produits


PoUR CONCLURE : une profession en quête de reconnaissance
Ce soir à Boulogne-sur-Mer — sous les guirlandes et le froid — derrière chaque slogan, on sent surtout et clairement que la profession se sent oubliée, menacée et véritablement prête à ne pas lâcher.
Alors que la France et l’Union européenne se trouvent à un tournant de leurs politiques agricoles et commerciales, avec ce type de mobilisation, une veille de Noel, on prend la mesure que la question de l’agriculture n’est pas seulement économique, mais bien sociale, culturelle et surtout révélatrice de choix politiques qui crée un sentiment de mépris et qui attise la colère de ceux qui se sentent non entendus et dans une situation d’oppression, victime d’un système.
