
Les vacances scolaires de fin d’année, les voici.
Pour les enfants, bien sûr, mais aussi pour les professionnel·les de l’Éducation nationale.
Période bénie, certes — à condition de ne pas finir sur les rotules.
Pourtant, on nous le dit souvent : bon nombre de ces salariés sont fatigués, épuisés à la fin de chaque « période ». Et pourtant, ils sont régulièrement affublés de la réputation de « planqués » qui travailleraient bien peu.
Parmi eux, il y a des professionnel·les tout aussi invisibilisé·es que les élèves dont ils et elles s’occupent : les AESH.

Un métier essentiel, MAIS UN METIER invisibilisé
Derrière cet acronyme — Accompagnant·es d’Élèves en Situation de Handicap — se trouvent des femmes et des hommes qui rendent l’école possible pour des milliers d’enfants.
Leur mission est essentielle : permettre à des élèves en situation de handicap de rester scolarisés, d’apprendre, de tenir dans le collectif.
Aider à se concentrer, reformuler une consigne, prévenir une crise, apaiser une angoisse…
Un travail de présence, d’attention constante, de régulation émotionnelle. Un travail exigeant parce que permettre à des enfants d’apprendre comme tout le monde, c’est une présence souple, discrète qui nécessite une adaptation permanente.
Un travail pourtant tout à fait invisible.
La précarité comme norme
Le saviez vous ?
Aujourd’hui, un agent de l’Éducation nationale sur dix est AESH.
En nombre de personnels, il s’agit du deuxième métier de l’éducation Nationale.
140 000 personnes.
Et pourtant, ces professionnel·les figurent parmi les plus précaires et les moins reconnus.
Temps incomplets imposés, rémunérations faibles — parfois inférieures à 1 000 euros par mois — contrats longtemps renouvelés avant l’accès à un CDI, formation insuffisante, absence de véritable déroulement de carrière.
Cette précarité n’est pas une dérive marginale : elle est structurelle.
Structurelle ? Pour dire autrement : voulue et maintenue comme telle.
Une école inclusive sous tension
Si nous regardons à l’échelle nationale, la situation est alarmante.
Des milliers d’élèves sont actuellement sans accompagnement effectif, faute de recrutements suffisants (Source FSU)
Seuls 1 200 nouveaux postes sont prévus à la rentrée quand les besoins sont massifs. Sur le terrain, cela se traduit par des mutualisations forcées, des accompagnements fractionnés, des ruptures brutales dans les parcours scolaires.
Pour les élèves disposant d’une notification MDPH, ces défaillances créent des inégalités durables, aux conséquences lourdes.
Comment parler d’école inclusive dans ces conditions ?
Et dans le PaS DE CALAIS ?
C’est cette contradiction que les AESH ont dénoncée lors de la journée nationale de mobilisation du 16 décembre, inscrite dans une semaine d’action intersyndicale du 15 au 19 décembre, à l’appel de la FSU-SNUipp, de la CGT Éduc’action, de la CFDT, de SUD Éducation, du SE-Unsa et du SNALC.
Tous réunis autour de cet enjeu.
Partout en France : rassemblements, grèves et prises de parole
Dans le Pas-de-Calais, cette mobilisation a également eu lieu.
Des AESH, enseignant·es et personnels de l’Éducation nationale se sont mobilisé·es aux côtés des organisations syndicales, notamment à Arras, pour dénoncer des situations largement partagées sur le territoire : temps incomplets imposés, salaires insuffisants pour vivre décemment, accompagnements mutualisés sur plusieurs élèves, parfois sur plusieurs établissements.

Crédit Photo / FSU. https://www.facebook.com/leSNU62twitte
Une mission centrale, un statut absent
Les conséquences des manquements : ruptures d’accompagnement, instabilité pour les élèves en situation de handicap, sentiment d’impuissance des équipes éducatives, découragement croissant des AESH elles-mêmes.
Beaucoup disent leur attachement profond à ce métier, mais aussi leur épuisement face à l’absence de perspectives et au silence institutionnel (propos lus dans différents média et sur les sites des syndicats)
Une pétition intersyndicale a déjà recueilli plus de 83 000 signatures pour exiger la création d’un corps de fonctionnaires pour les AESH.
Pour les syndicats, il s’agit de la seule réponse à la hauteur des enjeux : un statut protecteur, un temps complet reconnu, une formation statutaire et de véritables perspectives de carrière.
Reconnaître les AESH, un choix politique
Il faut le dire : l’accompagnement des élèves en situation de handicap nécessite des moyens conséquents.
Il ne peut plus reposer sur des contrats précaires et une reconnaissance minimale.
Confier une mission essentielle à des professionnel·les fragilisé·es est une incohérence profonde, aux conséquences humaines et éducatives importantes.
Dans ce contexte : obtenir un statut de fonctionnaire pour les AESH, ce n’est pas un luxe !
C’est faire un choix politique clair : celui d’une école qui protège celles et ceux qui accompagnent les plus vulnérables, au lieu de les épuiser dans l’ombre.
À Boulogne sur mer, comme ailleurs en France, la question est désormais clairement posée :
Combien de temps encore l’inclusion scolaire pourra-t-elle tenir sur la précarité de celles et ceux qui la rendent possible ?
