

Dans la salle de Saint-Étienne-au-Mont, ce jeudi matin de fin octobre, il est tôt et chacun s’affaire pour accueillir pendant deux jours les congressistes.
On se dépêche, on installe les dernières chaises, on règle la sono, les micros, on place sur la table les assiettes, sur les sièges les pochettes.
Il est un peu plus de huit heures lorsqu’arrivent, par petits groupes, les délégués des différents syndicats du Boulonnais : des salariés syndiqués, des représentants syndicaux, mine- Énergie, hospitaliers, cheminots, des salariés de la zone portuaire de Capécure, des salariés de la mairie, de la Communauté d’agglomération, de Nausicaá, des retraités… Tous rassemblés sous une même bannière : la CGT.
Le congrès de l’Union Locale, organisé tous les trois ans, n’est pas un simple moment statutaire. C’est un moment où se rejoue la possibilité même d’un syndicalisme de territoire : un syndicalisme qui veille, qui soutient, qui fédère, qui se bat.




Une ambiance, un rythme, une dynamique
Pendant deux jours, le congrès avance au rythme des débats, des interventions et des retrouvailles militantes.
Dès l’aube du premier jour, autour d’un café brûlant, les congressistes se retrouvent, pochettes sous le bras, badges rouges au revers de la veste, drapeau à la main pour certains. L’ouverture officielle donne le ton et le programme : élection du bureau, rapport introductif, hommage aux camarades disparus — moment solennel, silence suspendu.
Dès l’ouverture, la secrétaire générale donne le ton avec un rapport introductif à la fois lucide et profondément humain. Trois années de travail intense, de nuits courtes, de conflits internes, mais aussi de solidarité et de combativité.
« J’ai parfois pensé à baisser les bras… puis j’ai pensé au mandat qu’on m’avait confié. »
Dans la salle, on écoute. On acquiesce. Beaucoup savent ce que cela coûte de tenir.


Le contexte, lui, est lourd. « Jamais les attaques patronales et gouvernementales n’ont été aussi nombreuses », dit-elle. Pourtant, « les salariés n’ont pas baissé les bras ». Dans le Boulonnais, la CGT est restée « une force de résistance incontournable ».
La matinée alterne les rapports, les votes, les débats, où chacun prend la parole pour dire ce qui fonctionne, ce qui doit changer, ce qui manque encore.
Le rapport d’activité occupe une place centrale : bilan des luttes, tension dans les entreprises, colères du territoire.
On s’interpelle, on s’écoute, on ajuste : c’est une CGT vivante, active, parfois traversée de désaccords, mais toujours en mouvement.



Trois années de luttes, locales et nationales
Le rapport revient longuement sur la mobilisation historique contre la réforme des retraites.
À Boulogne, l’Union Locale a été un moteur : plus de dix journées d’action, des piquets sur le port, des blocages, des convergences avec les jeunes, les retraités, les privés d’emploi.
« Cette mobilisation a renforcé nos liens, notre force, et notre détermination. »
Dans le Boulonnais, la colère s’incarne aussi dans une série de luttes locales marquantes : Pescanova, Lenglet, SIB, Clinique Côte d’Opale, Auchan…
Des grèves dures, souvent victorieuses, toujours structurantes.
« Toutes avaient un point commun : soutenir les militants dans leur lutte. »
Les interventions de personnalités syndicales — Jacques Pernet, Thierry Quetu, les représentants d’AGEFIPH ou d’Émergences — rythme l’après-midi du jeudi, avant un débat ouvert sur les activités des sections du Boulonnais.




L’interprofessionnel, colonne vertébrale de l’Union Locale
Au fil des échanges, un thème revient avec force : l’interprofessionnel*. C’est ce qui permet qu’à Capécure, un délégué puisse s’appuyer sur l’expérience d’un collègue hospitalier. C’est ce qui rend possible qu’à Nausicaá, la parole d’un jeune militant trouve écho dans celle d’un cheminot retraité.
Et parfois, cela est fort : un militant raconte le jour où une petite entreprise locale « dans le rouge » a vu débarquer, non pas cinq syndiqués, mais une équipe entière de la criée, venue en renfort sur le piquet.
Une image claire de ce que peut produire un interprofessionnel lorsque le territoire se solidarise.




Le rapport de force : une pierre angulaire de la lutte
Dans la bouche de plusieurs militants, un concept revient sans cesse : le rapport de force.
« Le syndicat, dans une entreprise, c’est ce qui résiste », dit un délégué.
Cela permet à l’employeur de savoir qu’il ne pourra pas franchir certaines lignes. Cela permet aussi, parfois, de négocier sereinement.
Un syndicat venu témoigner au congrès raconte ainsi qu’il obtient « très facilement » des augmentations salariales, des améliorations des conditions de travail.
Pourquoi ?
« Parce que la direction sait qu’on est organisés et qu’on est en place. »
On parle aussi du langage politique qui tente de lisser tout cela, la « novlangue » qui gomme les aspérités : partenaire social pour syndicat, collaborateur…
Des mots « pour faire croire qu’on travaille main dans la main », alors que les intérêts sont opposés.
« La lutte de classes n’a pas disparu. On a juste voulu la rendre invisible. »





La formation syndicale : une urgence, une reconstruction, un outil de lutte
La secrétaire générale insiste : former n’est pas un luxe.
C’est vital. En concertation avec l’Union Départementale du Pas-de-Calais (UD62), un véritable plan de bataille a été mis en place en 2024 : 9 formations,109 camarades formés, et des militants qui se sont révélés
Un chantier nécessaire après des années d’essoufflement. Un chantier salué par la direction départementale. Le plan 2026 est déjà en cours de construction.
« Bien former les représentants, c’est leur donner des armes pour faire face aux employeurs et ça c’est essentiel »
nous confie un délégué syndical.
Les actions de l’Union Locale sont rappelés tout au long du congrès et sont essentielles : une présence constante, le soutien sur les conflits collectifs, les relais pour les salariés isolés, des campagnes sur salaires, retraites, service public, la coordination interpro permanente.



La secrétaire générale ne se voile pas la face :
« Nous devons renforcer notre visibilité, être plus présents dans les entreprises où la CGT est absente. »
Au fil des heures et des partages, la journée s’écoule, alternant moment de convivialité et propos engagés.
Car un congrès c’est aussi ça : une ambiance de camaraderie – repas partagé, verres levés, discussions qui continuent tard dans la soirée.



Le lendemain matin, retour au sérieux : débat sur la lutte contre l’extrême droite, présentation du bilan financier, syndicalisation, commission des mandats. Les votes se succèdent, précis, rigoureux.
Puis vient le moment clé : la présentation des candidatures et l’élection de la nouvelle Commission Exécutive. Les élus se réunissent dans la foulée pour désigner bureau et secrétariat — un passage de relais, déjà tourné vers les trois ans à venir.



ET POUR CONCLURE: ETRE tremplin, pas parenthèse
Pour Boulogne la Sociale, être présent sur les deux jours, c’est prendre la mesure de ce qu’est vraiment une Union Locale syndical : une maison vivante de la lutte sociale, un lieu d’exigence, de rigueur et d’engagement au service des salariés.
Après deux jours d’échanges, de débats, de bilans et de rencontres, les mots qui reviennent sont simples mais essentiels : force, transmission, résistance, avenir.
« Nous avons été là, nous sommes là, et nous serons là demain. »
La phrase sonne fort en cloture du congrés.
Dans un contexte de pressions politiques, sociales et économiques, ce moment pour lesmilitants syndiqués n’a rien d’une formalité. C’est un véritable tremplin pour les années à suivre, une forme d’engagement renouvelé.
Une manière de rappeler que la lutte des classes n’est pas obsolète mais bien une réalité quotidienne pour de nombreux salariés — et que dans le Boulonnais, dans le contexte politique actuelle, cette lutte a encore de beaux jours devant elle.


