Antiracisme, industrie, luttes ouvrières : la boussole syndicale de Hillal Sor (MWB–FGTB)

À Manifiesta 2025, nous avons rencontré Hillal Sor, de la MWB–FGTB. C’est le troisième entretien de notre série belge, après ceux avec Gil Puystiens et Nadia Moscufo.

Hillal dit les choses sans détour : la désindustrialisation, ce n’est pas une fatalité. Ce ne sont pas les migrants ni les chômeurs qui ont fait disparaître Audi à Bruxelles, mais des actionnaires qui se sont gavés de dividendes au lieu d’investir dans l’automobile du futur.

« Les responsables, ce n’est pas la Chine ni les immigrés, ce sont les conseils d’administration des multinationales. »

Nommer les responsables, c’est déjà une manière de couper court au discours d’extrême droite qui cherche toujours des boucs émissaires plus commodes.

Il revient aussi sur une des bataille du syndicalisme belge : l’interprofessionnel. Ici, les métallos ne se battent pas seulement pour leurs salaires mais aussi contre le racisme, pour la Palestine, pour des enjeux politiques qui dépassent l’usine.

« Le racisme, c’est l’outil du système capitaliste pour diviser la classe travailleuse et neutraliser sa seule force : le nombre. »

Ce qui frappe dans son propos, c’est cette insistance à recoller les morceaux : l’écologie et l’industrie, qu’on nous présente trop souvent comme antagonistes, sont en réalité liées. « Il n’y aura pas de transition climatique sans métallurgie. » dit-il, parce que ce sont les ouvriers de la métallurgie qui fabriquent les éoliennes, les bus, les réseaux d’énergie. Le frein, c’est la logique du marché et la course au profit immédiat. La réponse, ce sont des investissements publics massifs, pour l’industrie utile et pas pour l’armement.

C’est ce fil rouge qui traverse l’entretien : relier les luttes locales aux logiques globales du capitalisme, montrer comment la solidarité, l’antiracisme et la réindustrialisation forment une même boussole. Écouter Hillal Sor, c’est comprendre qu’on n’a pas à choisir entre défendre son usine et penser le monde : les deux vont ensemble.

Entretien réalisé par Jérémy Ollivier
Images et montage : Pierre Muys.

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