Calais : une centaine de personnes rendent hommage aux morts de la frontière

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Dimanche 28 septembre, près d’une centaine de personnes se sont réunies au parc Richelieu pour une nouvelle commémoration des morts de la frontière. L’hommage faisait suite aux tragédies de ce week-end : deux femmes décédées au large de Neufchâtel-Hardelot et le corps d’un homme retrouvé à Gravelines.

Les participant·es se sont rassemblé·es autour d’une longue liste de plusieurs dizaines de mètres, répertoriant date, nom, âge et l’origine des personnes mortes depuis 1999 en tentant de rejoindre l’Angleterre. Une liste qui compte aujourd’hui 523 victimes, sans compter les disparu·es.

« La frontière n’a pas de date de fin »

La cérémonie a été introduite par M. , membre du groupe Décès, qui a rappelé pourquoi ces commémorations se tiennent au parc Richelieu :

« Le choix du lieu est lié au monument aux morts qui se trouve ici, souvenir d’une guerre qui a eu un début et une fin. La frontière, elle, n’a pas de date de fin. Elle tue chaque année. Elle détruit des vies, des familles, des mémoires. »

Elle a également rappelé l’existence du monument dédié aux victimes de la frontière, une plaque installée depuis mars 2020 devant l’église Saint-Joseph, et évoqué la diversité des formes que prend la violence frontalière : la mort, mais aussi la perte d’un proche, la perte de mémoire, d’années de santé et d’espoir.

« Ils appliquent une politique de la mort »

Après la minute de silence, plusieurs personnes ont pris la parole. Parmi elles, Jade Lamalchi a livré un discours offensif, pointant directement la responsabilité des autorités locales et nationales. Elle a rappelé le contraste entre les commémorations officielles du matin, où la maire de Calais et la sous-préfète rendaient hommage à la libération de 1944, et la réalité contemporaine :

« Depuis 2008 [arrivée au pouvoir de Natacha Bouchart], au moins 412 personnes ont perdu la vie à la frontière franco-britannique. Au moins 76 depuis l’arrivée de B. Retaillau au ministère de l’Intérieur,
Au moins 310 depuis l’actuel président, Emmanuel Macron.
Chaque chiffre montre un refus d’agir alors même qu’ils ont la puissance d’agir.
Chaque mort témoigne de leur lâcheté politique.
Ces dirigeants possèdent les moyens de sauver des vies : ils ont le pouvoir de garantir le droit à l’hébergement, un accès au droit, garantir de l’eau et de la nourriture, protéger les exilés des violences policières, permettre l’accès à des voies de passage sûr.
Et pourtant, ils ferment les yeux, invoquent des « contraintes administratives », des « besoins de sécurité », et laissent mourir.
Ces politiciens ne sont pas les garants de la paix, ne sont pas les garants de la fraternité, ne sont pas les garants des droits fondamentaux et ne sont pas les garants de la dignité humaine.
Ils appliquent une politique de la mort. »

Son intervention a aussi insisté sur les alternatives possibles : l’ouverture de voies de passage sûres, le respect du droit d’asile, l’accès à un hébergement, à l’eau et à la nourriture.
Une nouvelle commémoration aura lieu demain, même lieu, même heure, comme depuis 10 ans.

👉 L’ensemble des prises de parole de M. et de Jade sont à retrouver ci dessous :

Pierre Muys