
À Calais, les morts aux frontières s’accumulent depuis 35 ans. 518 depuis 1999 exactement : noyades, accidents de camions, électrocutions, écrasements, chutes. Un décompte qui occulte les personnes disparues.
Pour briser l’indifférence, L’Auberge des Migrants et Utopia 56 Calais & Grande-Synthe ont aligné samedi devant touristes et dragon 518 paires de vieilles chaussures sur le sable, entre le poste de secours et la jetée de la plage de Calais. Autant de traces anonymes laissées par celles et ceux que les politiques migratoires ont condamnés à disparaître.
Ces chaussures proviennent de dons trop abîmés pour être distribués. Elles deviennent ici un monument provisoire, fragile, mais qui dit l’essentiel : les traversées tuent, et elles continueront de tuer tant que la frontière restera militarisée.
Macron, Starmer : « Vos mensonges tuent »
Au centre du dispositif, deux portraits : Emmanuel Macron et Keir Starmer, actuel premier ministre britannique. Les organisateur·ices leur ont adressé un message sans détour : « Vos mensonges tuent ».
En juillet dernier, les deux dirigeants s’affichaient à Londres avec un accord baptisé « One to One / un contre un » : pour chaque réfugié expulsé de France vers l’Angleterre, un autre serait renvoyé en sens inverse. Deux mois plus tard, la mise en œuvre commence, en catimini. Déjà trois personnes ont été déportées, dont un Érythréen pourtant protégé par une décision de justice.
« Pleurer les morts ne suffit pas
Luttons pour un accueil solidaire » (Banderole plantée aux abords de l’installation)

La machine politique agite le spectre du « migrant parasite ». Une caricature utile pour les carrières électorales, pratiques pour alimenter les logiques xénophobes au sein de la classe salariale dès lors divisée. Et des conséquences toujours plus dévastatrices pour celles et ceux qui la subissent.
