Grandeur des AG ouverts

« Cette assemblée, moi elle m’a permis de rencontrer des gens. Et j’ai vu que ça permettait à d’autres de rencontrer des gens », explique Sophie* à la fin de l’AG qui a eu lieu après la manifestation, au parc municipal, en face de la mairie. On est dans un café, elle travaille sur l’élaboration d’un tract qui sera distribué le lendemain.
Sa remarque est simple, mais résume bien ce que peut offrir une AG ouverte : un espace de rencontre et d’échanges qui manque cruellement aux mobilisations calaisiennes.

Un espace horizontal

Dans une manifestation classique, il y a les slogans, parfois un grand discours. On participe avec sa silhouette à une démonstration de force symbolique le temps de deux heures, puis c’est terminé : chacun rentre chez soi en attendant la prochaine convocation de l’intersyndicale parisienne.
Une assemblée, au contraire, ouvre la possibilité de discuter, de prendre des contacts, de réfléchir à la suite. « Depuis le 10 septembre, je rencontre des gens à Calais, poursuit Sophie. Ce n’est peut-être pas un mouvement structuré, mais il est nourri par des personnes qui ont vraiment envie d’agir, de chercher par quel bout prendre les choses. »

Cette culture de l’assemblée s’est perdue depuis les grands mouvements sociaux comme celui du CPE. La réinventer, même maladroitement, c’est déjà une victoire, surtout pour les lycéen·nes pour qui il s’agit de premières expériences de lutte.

L’AG n’est pas un parti ni un syndicat. On y croise des jeunes qui veulent agir, des personnes qui n’ont jamais milité, des habitué·es des luttes locales. « Tu rencontres des gens qui n’ont pas forcément trouvé leur place ailleurs et qui découvrent là un espace où ils se sentent entendus, utiles. »
Cette ouverture permet aussi de transmettre des expériences militantes : comment réussir une action, comment ne pas se décourager face aux échecs, comment construire un « plan B » pour éviter l’impuissance.

De la discussion à l’action

Tout ne se décide pas d’un coup. Mais l’AG devient le lieu où l’on peut tester des idées, se préparer collectivement. « On n’était pas assez nombreux pour bloquer ce matin, commente Simon*, mais au moins on en a parlé, on a réfléchi à comment s’y prendre, au nombre qu’il faut être, à ce qu’on peut tenter d’autre. »
Une AG n’est pas seulement un temps de débat : elle prépare le terrain des actions à venir, tout en créant de la confiance entre des personnes qui, autrement, ne se seraient jamais rencontrées.

Les rendez-vous qui s’enchaînent depuis la semaine dernière laissent déjà une trace : des numéros échangés, un groupe de discussion, des rencontres qui continuent de circuler. Ce sont des graines semées pour les prochaines mobilisations. « Au final, ce qui me fait revenir, c’est d’avoir plaisir à recroiser des gens, à sentir qu’on n’est pas seul », conclut Sophie.

Dans une ville où les mobilisations peinent souvent à durer, l’AG ouverte a montré qu’elle pouvait être un point de départ : pas une solution miracle, mais une manière de construire un mouvement à la fois ouvert et inventif.

*Noms modifié

Texte et vidéos : Pierre Muys