Le Tribunal de commerce de Douai a confirmé ce mercredi la fermeture définitive de la teinturerie Solstiss à Calais. Vingt-trois salarié·es sont licencié·es, et avec eux disparaît un pan supplémentaire du savoir-faire industriel calaisien.

La teinturerie, spécialisée dans la dentelle haut de gamme, était l’un des derniers sites capables d’assurer localement le traitement et la mise en couleur de la dentelle. La production, tournée à 85 % vers l’export comme le détaille dans son article le Nord Littoral, a subi de plein fouet la chute des commandes après le Covid.
Les salarié·es se voient proposer un Contrat de sécurisation professionnelle, et leurs profils seront transmis à l’usine La Caudrésienne, qui centralisera désormais toute l’activité de teinture. Une perspective qui suppose, pour celles et ceux qui voudraient poursuivre leur métier, de quitter Calais pour Caudry – une centaine de kilomètres plus loin. Comme à chaque fois, beaucoup refuseront ce déracinement ne s’embarrassant pas des conséquences sur les métiers et études des conjoints et enfants.
Ce vocabulaire policé – « plan de sauvegarde de l’emploi », « contrat de sécurisation » – sonne cynique quand il s’agit en réalité de licenciements secs, de vies bouleversées et de savoir-faire qui disparaissent du territoire. Derrière les euphémismes rassurants, il y a la violence d’un tissu industriel qui se défait.
Cette fermeture n’est pas un accident isolé. Ces dernières années, le Calaisis a vu tomber les uns après les autres ses piliers industriels : la maison de dentelle Riechers Mariscot, Desseilles, Marck et Balsan, mais aussi Prysmian Draka, Meccano, Syntexim, et aujourd’hui le lent déclin de Catensys (ex-Brampton Schaeffler). Chaque fois, ce sont des dizaines, parfois des centaines d’emplois qui disparaissent, mais aussi des compétences uniques qui se perdent.
On se rappelle aujourd’hui de l’arrivée tellement tardive qu’elle ça en devenait tragiquement comique de l’Indication géographique encadrée pour la Dentelle de Calais-Caudry en janvier de l’année dernière. Que vaut cette reconnaissance si elle n’empêche pas l’effacement progressif des ateliers, des gestes, et des métiers à Calais ?
La fermeture de Solstiss illustre une logique plus large : celle d’un territoire où l’État comme les grands groupes laissent les usines fermer les unes après les autres, sans stratégie industrielle, sans plan d’investissement, sans perspective pour les travailleurs et travailleuses. On encense la « dentelle de Calais-Caudry » sur les podiums de la haute couture, mais on abandonne celles et ceux qui la fabriquent. C’est tout un patrimoine industriel, ouvrier et culturel qui s’efface, morceau par morceau, dans l’indifférence générale.
Pierre Muys
